mardi 19 septembre 2017

Sam au Paradis

Moi, mon truc, c’est l’Amérique, celle avec de la poussière et de la bouse de vache. Celle où je peux prendre mon temps, pour vivre, pour respirer, pour contempler. Contempler les rives de cette rivière bouillonnante de truites arc-en-ciel. Contempler le corps de cette femme au petit jour dans la chambre d’un vieux motel au bord d’une route inachevée. Contempler ce verre de bourbon, couleur ambrée, fumée de tabac, posé sur le comptoir collant d’un bar au néon qui ne clignote plus de toutes ses lettres. Oui, mon truc c’est la contemplation. Et feuilleter quelques nouvelles de temps en temps, des histoires banales de vies inutiles et bancales. Se demander ce qu’est vraiment la vie, et si cette vie vaut le coup d’ouvrir une bonne bouteille de Tennessee Rye…    

« Il faisait déjà sombre sur la route de dégagement quand il croisa une famille indienne dans une vieille Ford à plateau, avec sept ou huit gosses entassés à l'arrière. Deux garçons plus âgés se tenaient debout, accrochés au toit de l'habitacle, leurs longs cheveux noirs flottant dans le vent comme des ailes de corbeau. Le chauffeur avait l'air d'être leur grand-père. Il ne croisa pas d'autre voiture. Un éclair en nappe révéla des balles de foin bien alignées et un troupeau de vaches à cornes qui parurent soudain figées en pleine lumière du jour avant de disparaître dans l'obscurité. L'horizon plat s'illumina tout entier, palpitant d'or et d'argent, mains on n'entendait pas de tonnerre. Et il ne pleuvait pas. Il jeta un coup d'oeil dans son rétroviseur, regardant si les deux garçons s'étaient retournés pour l'observer, mais la fourgonnette avait déjà disparu. Quand ses yeux revinrent à la route, la bande blanche centrale avait disparu. Il eut l'impression d'être en train de tomber. Juste une seconde. »

jeudi 14 septembre 2017

Je n’ai pas eu le choix, pardon.

Laura s’assoit  à la table de la cuisine. La vaisselle du petit-déjeuner a été lavée, essuyée, rangée dans ses placards. Une cuisine propre, ne pas laisser traîner des miettes d’une vie. Elle a un bloc-notes, une page blanche, encore. Le stylo à la bouche, elle réfléchit à ce qu’elle va écrire. L’inspiration ne vient pas, dans ce moment-là. Que doit-elle écrire d’ailleurs ? Sa vie, ses manques, ses motivations. Dire qu’elle se sent seule, divorcée, les enfants partis qui ne reviennent que pour lui emprunter de l’argent. De toute façon, aucun mot ne saurait exprimer ce qu’elle ressent, excuser ce qu’elle s’apprête à faire. Alors, elle griffonne juste cette phrase « Je n’ai pas eu le choix, pardon. » Des mots, très forts, qui résonnent encore en moi... en moi... comme un écho... Je n'ai pas eu le choix. Et ce pardon, à la fin, si intime qu'il lui donne une force supplémentaire. 

« Depuis combien de nuits ne s’est-elle pas endormie naturellement ? Depuis combien de temps a-t-elle besoin de ces comprimés ? Elle songe qu’il lui est arrivé cela : les pilules qu’elle prenait pour ne plus tomber enceinte ont été remplacées par des somnifères. Et il s’est écoulé un délai finalement très bref entre ces deux nécessités. A peine une poignée d’années. »

Samuel se lève aussi. La gueule en vrac, le salon sent autant le whisky que les restes de pizza d’il y a trois jours. D’ailleurs, les bouteilles vides jonchent sous le canapé, les cartons à pizza s’amoncellent en quinconce sur la table du salon. Il arrive à atteindre la porte, ouvrir, s’engouffrer dans la brise du levant. Dehors, le soleil commence à réchauffer le sable, un jeune en bermuda et tee-shirt jaune le regarde fixement. Il prend sa planche de surf, les vagues matinales sont les seules à lui donner un coup de fouet.

dimanche 10 septembre 2017

Dark & Smoky

Le vieil écrivain se retrouve assis dans son fauteuil en cuir, une odeur de vieux cigares, les accoudoirs râpés par l’usure du temps, tachés par quelques gouttes de vieux whisky et de maté. Il a l’âge d’en finir se dit-il. Alors, il se souvient. Il n’a plus que le souvenir, les réminiscences d’un jeune garçon prénommé Víctor  dans les années cinquante à Buenos Aires.

Ses souvenirs le font remonter à une éternité. Il se retrouve adolescent timide, mal à l’aise dans sa famille aux notes trop bourgeoises pour ses aspirations littéraires. Peu de camarades, il ne voit guère de monde dans une vie déjà solitaire, bon élève, fils discipliné, quelques contacts avec sa cousine Cecilia qui lui donna ses premiers émois sexuels.

« Le vieil écrivain ne peut s’empêcher de sourire. Il admet que ce qui a survécu dans sa mémoire de ce moment que bien des gens imaginent capital dans la vie de tout homme, c’est moins une prodigieuse exaltation que certains superbes à-côtés : le ciel de plomb qui annonçait l’orage vu par la fenêtre de la chambre de Cecilia, gris dense traversé par de fugaces franges jaunes et rose ; les ragas de Ravi Shankar qu’elle avait choisis comme musique pour accompagner leur rencontre et qu’il entendait pour la première fois ; le parfum préféré de sa cousine, qui imprégnait draps et oreiller et que toute sa vie il ne retrouverait en aucun autre. Cecilia l’aida à atteindre la prestance nécessaire, le guida avec fermeté et sans hâte, lui indiqua les mouvements qu’il trouverait très vite spontanément et soupira, satisfaite, quand son cousin, sans aide ni indications cette fois, atteignit le rythme recherché et déchargea très vite, trop vite peut-être, tout son désir inexpérimenté.
- Très bien. Maintenant tu vas m’aider. Víctor, qui émergeait à peine de la « petite mort », lui laissa prendre sa main et la porter entre ses jambes. Cette fois, il n’eut pas besoin qu’on guide ses mouvements, il explora, caressa, pinça cette humide et tiède intimité jusqu’au moment où un soupir de Cecilia, profond, étouffé, lui fit comprendre que sa mission était accomplie. »


jeudi 7 septembre 2017

Clair de Lune

Silence. Aucun bruit ne s’envole de ces terres, lointaines contrées perdus dans la solitude des espaces et le silence qui se perd au-delà de l'horizon. Je n'entends que la complainte du vent venu mourir dans ces lieux sauvages que les autorités ont appelé Montana ou Wisconsin. Peu importe la frontière de l'état, lorsque je lève les yeux, je vois cette lune, clair de lune, blue moon, et ses étoiles qui scintillent tout autour. Dire que le silence est complet serait injuste et même irrespectueux envers mes compagnons nocturnes de ce soir, bêtes à poil, loups et coyotes hurlant à la mort aussi leur peine et leur solitude.

« La lune était pleine, grasse comme une tique accrochée au flanc de la nuit. Les coyotes la vénéraient. Ils s’installèrent dans la ravine une semaine durant, et Lauren entendit les crissements et les claquements de leurs dents. Si elle avait un fusil, elle les aurait tous abattus pour voir le fond de la ravine jonché de leurs cadavres. Si elle avait eu un fusil, elle aurait tué Jason et son chien noir. Si elle avait un fusil, elle se serait peut-être assise sur son canapé pour ne jamais se relever. »

Et je suis bien, là, assis dans mon rockin' chair, rock in my ranch. Une guitare, une petite bière ou une bouteille de rye, un roman millésimé littérature de l'ouest, « Terres d’Amérique ». Les sabots dans la bouse, l’odeur du vrai ouest sauvage en prime. Walk on the Wild Side. Sauvages, comme des petites nouvelles tristes et sombres de l'Amérique profonde. Prendre même la route Sixty-Six, une boite de Huit-Six entre tes cuisses, descendre même jusqu'au Texas, y perdre son stetson envolé par la poussière et le retrouver sur la tête de Kris Kristofferson ou de Townes Van Zandt. J'entends, tout au long de ces nouvelles, des mélodies country sans artifice, peines de cœur, grandeurs d'une solitude.

mardi 5 septembre 2017

Fait d'Hiver à Wind River

Cory Lambert, chasseur-pisteur du Grand Nord, celui des immenses étendues enneigées du Wyoming. A l'image d'un Steve McQueen (j'ai trouvé la comparaison sur mon Télérama), Jeremy Renner troque le cheval contre une motoneige, la winchester par un fusil à lunette de visée façon sniper. Il est beau ce Jeremy, un charisme et une mélancolie dans son visage, bien lui en prend de sortir, de temps en temps, de son costume de Mission Impossible ou des Marvel. 

Sur la piste d’un puma, il repère les traces dans la neige immaculée, regarde les arbres, sent le vent. Il connait ce monde de neige et de froid par cœur. Il observe aux jumelles là-haut, très haut, très loin, un œil de faucon. Et là-bas, un truc louche autour de cet amoncellement de neige fraîche. Le corps d’une jeune indienne, réserve Wind River, glacée, laissée là… Pieds nus, elle a marché, couru, suffoqué, sur plus de 10 km.

mercredi 30 août 2017

Listen to the (120) beat


Un cœur qui bat.
120 pulsations par minute.
Listen to the beat,
le son du cœur, rythme une vie, rythme une minute.
120 battements par minute.

Des hommes qui se battent
pour que des cœurs continuent à battre.
Act Up.
Ne pas rester sur le quai de la mort et survivre.
Parler, crier, « hainer ».
Hurler de rage.
Vie de militants au début des années 80.
Faire bouger la vie, ne pas oublier les morts.
Morts du Sida, maladie de fin de siècle.

SILENCE = MORT

samedi 26 août 2017

Conduite Accompagnée

C'est l'été, les fenêtres de la voiture sont ouvertes – j'ai pas pris l'option toit ouvrant – les décibels rivalisent de fureur. De la musique à donf, une voiture à donf. C'est la version « Drive » de l'été. A la place de Ryan Gosling, un jeune conducteur, pas encore l'âge de se raser ou de commander une bière au bar du coin, mais quelle conduite !  
Ansel Elgort (remarqué dans « Nos étoiles Contraires » et aussi un peu dans « Divergente »). Il garde le silence, il a des écouteurs sur les oreilles toute la journée, il me rappelle quelqu'un. Sauf que lui, en plus, manie bien mieux le volant et le frein à main. 
« Baby Driver ».

C'est l'été, le temps des cocktails et de la lenteur, un temps propice à prendre son temps. Pour écouter de la musique ou lire, balancé par le vent dans un hamac. Un temps pour aller à la piscine, ou à la plage. Cool attitude, lunettes de soleil. Ou un temps pour aller braquer quelques banques. Avec des complices d'un calibre bien plus douteux, à l'image de Jamie Foxx, et sous la responsabilité d'un chef d'organisation mafieuse Kevin Spacey. Et lorsque le moteur vrombit et que les watts explosent, je me retrouve à l'état régressif comme un enfant devant une console de jeux vidéo, version Gran Turismo plutôt que Mario Kart. Car ça déménage, l’adrénaline est lancée, elle survole même l'asphalte.

jeudi 24 août 2017

Le Paradis Perdu

« … la mer sommeille, la montagne somnole et le silence règne dans le ciel… »

L’Islande. Dès les premières mesures de ce roman, je m’y suis trouvé. Installé même. Le froid, l’iode. La mer qui me fouette le visage. Le roulis de ce vieux bateau de pêche. Pêche à la morue. Et ce silence. Un silence lourd qui m’envahit. Un silence qui fait partie de moi. J’ai envie d’y aller, « Entre Ciel et Terre » pour ressentir ces émotions, ce parfum, cette poésie de la mer et des landes. Et puis le vent, la pluie glaciale, le blizzard. J’ai oublié ma vareuse. Fuck le blizzard.

« Le vent de la Mer Glaciale souffle, il forcit à chaque minute qui passe et éructe des flocons de neige. »

Le paysage, cette lande islandaise, sauvage et enneigée. Je me retrouve isolé, enveloppé par ce vent sourd qui emporte mes pensées, pas mes paroles muettes. Celles-là, je les garde au fond de moi. Qui voudraient d’ailleurs les entendre ? Quelques moutons sauvages et poilus dans le coin, en train de brouter pour ne pas sombrer dans la froidure de la nuit. Nuits étoilées. Ces étoiles qui sont l’âme des noyés. Et puis ces flocons de neige qui descendent à noyer mon verre, ne serait-ce pas là les ailes des anges ?

« Les hommes n’ont nul besoin de mots, ici, en pleine mer. La morue se fiche des mots, même des adjectifs comme sublime. La morue ne s’intéresse à aucun mot, pourtant elle nage dans les océans, presque inchangée, depuis cent vingt millions d’années. Cela nous apprend-il quelque chose sur le langage ? »


samedi 19 août 2017

La Ballade (pas si bucolique) Islandaise

Un bébé qui mâchouille et bavouille pour se faire les dents… C’est mignon comme tout… Surtout quand on se rend compte que ce qui lui sert pour faire les dents ressemble à un os… humain… une côté fêlée… Un os remonté à la surface dans le terrain d’à-côté suite aux travaux de construction d’une nouvelle résidence. Reykjavik est en pleine expansion, qui aurait cru que la ville se serait étendue sur ces terres sauvages… Erlendur doit se rendre sur place, plus préoccupé par le sort de sa fille, retrouvée dans une piaule à drogués. Et si j’appelais un archéologue pour qu’il m’en dise plus sur ces ossements ? Fatale erreur. Il ne sait pas comment travaillent ces archéologues, avec pince à épiler et petit pinceau pour nettoyer la terre. A ce rythme-là, je vais avoir le temps de finir mon pack de bières, et de voir des trolls danser autour de moi. Une cuvée des trolls, l’esprit un peu islandais.

« il lui avait caressé la joue avec la lame de son rasoir. »

Pendant ce temps, Erlendur réfléchit, à sa fille et à ces groseilliers sauvages sur la parcelle d’à-côté. Est-ce qu’il y a vraiment des groseilliers sauvages qui poussent sur la lande islandaise ? La réponse à l’énigme doit se trouver là. Quelqu’un a une recette de confiture de groseilles ? C’est que les travaux des archéologues ont à peine démarré, et je sens qu’il va en falloir des jours et des jours, d’attente. Peut-être que je devrais aller acheter une bouteille de vodka ?

jeudi 10 août 2017

Le Facteur ne sonne qu'une fois

C’était dans un bar miteux de L.A. comme on en fait plus. Maintenant, il faut que tout soit propre et aseptisé, même les chiottes et les caniveaux. Je ne sais plus à quelle tournée j’en étais arrivé, les verres vides s’entassaient sur le comptoir. Il devait être minuit, lorsque que le pochtron d’à-côté me sort « tu devrais aller à la Poste, ils embauchent n’importe qui ! ». Me voilà donc à cinq heures du mat’, L.A. s’éveille, un sac en bandoulière, prêt à embarquer pour une nouvelle tournée. Postier suppléant. En-dessous, il n’y a rien. Je suis le dernier maillon de la chaîne de distribution. Si les facteurs se portent pales, parce qu’ils ont trop bu la vieille ou qu’il pleut à averses, je deviens le seul, avec mes chaussures trouées, à affronter les éléments de la nature, les vieilles rombières aux bigoudis et les grosses rombières en peignoir ouvert, l’unique même pour acheminer la dernière étape du courrier.    

Premier roman de Bukowski. A l’époque, il n’était pas encore tout à fait écrivain mais déjà pochtron convaincu. Il est ce facteur, toujours en retard sur sa tournée mais qui ne faiblit pas, qui ne faillit pas même lorsque des trombes d’eau s’abattent sur sa camionnette, sur ses mocassins, sur sa sacoche. Étonnamment, il met du cœur à l’ouvrage et de l’humanité à cette tâche ingrate. Des rapports pleuvent sur le bureau de son supérieur, malgré tout il garde son humeur et continue sa besogne coûte que coûte, comme un sacerdoce. C’est comme baiser une grosse au foyer des vieilles rombières, genre qui n’arrive plus à jouir. Il la besogne, la besogne, jusqu’à plus soif, jusqu’à ce qu’elle le supplie d’arrêter.

mardi 8 août 2017

Dans le Blizzard d'un Western


Dès les premières images, je me retrouve immergé dans une tempête de neige, le majeur gelé, pas facile de tirer sur la gâchette. Des flocons de neige épais et lourds s’amoncellent sur mes épaules, poids mort à transporter aussi chargé que ma conscience. Une diligence s’approche. Elle essaye de filer à toute berzingue, vitesse démesurée pour une calèche. Pourtant, je la vois de loin, l’observe longuement. Comme hypnotisé par un générique de film. Elle s’arrête devant moi. A son bord, un gars méfiant et une Dame emmenottée. Je dépose mon flingue, question de confiance ; le type n’a pas l’air commode, la nana plutôt folle sanguinaire avec ses dents en moins et à force de mandales reçues en pleine poire. Ils vont plus loin, avant de n’être emportés par la tempête. Pas de place pour moi, l’ami… Je reprends ma route, on the road again. Sur une route enneigée, le pas de plus en plus lourd.

vendredi 4 août 2017

La Putain de Closingtown

« Belle la putain de Closingtown, belle. Noirs les cheveux de la putain de Closingtown, noirs. Des dizaines de livres, dans sa chambre, au premier étage du saloon, elle les lit pendant qu’elle attend, des histoires avec un début et une fin, si tu lui demandes elle te les racontera. Jeune la putain de Closingtown, jeune. Quand elle te serre entre ses jambes elle te chuchote : amour. »

Closingtown, cela sonne pas très italien, comme patelin. Mais cela sonne comme un film de Sergio Leone. Les flingues sur la tempe. Les flingues dans leurs étuis. L’harmonica siffle, le regard pénètre, le saloon et à l’étage son bordel. Je monte fébrilement, comme quand on descend pour la première fois une bouteille de bourbon poussiéreux et que l’on se demande où l’on est à mi-chemin de la descente. Je joue le timide devant le sourire de la putain. Elle se dévoile dans la pénombre de cette chambre parfumée au patchouli. Bas et porte-jarretelles font de l’effet sur moi, et mon sexe se redresse aussitôt devant cette invitation divine. J’adore le crissement de mes mains sur ses bas, comme celui de la « soie » dans un autre roman d’Alessandro Baricco.       

« Fanny travaille, là-haut, le fils du pasteur entre les jambes. Amour. Le fils du pasteur s’appelle Young. Il a gardé sa chemise, et il a ses cheveux noirs trempés de sueur. Quelque chose comme une terreur, dans les yeux. Fanny lui dit Baise-moi Young. Mais lui se raidit et glisse loin des cuisses ouvertes – bas blancs avec dentelles jusqu’au-dessus du genou puis plus rien. Il ne sait pas où regarder. Il lui prend la main et la presse contre son sexe. Oui, Young, dit-elle. Elle le caresse, Tu es beau Young, dit-elle. Elle se lèche la paume de la main, en le regardant dans les yeux, puis elle recommence à le caresser, en le frôlant à peine. Oui, dit Young. Oui. Elle serre son sexe dans sa paume. Il ferme les yeux et pense je ne dois penser à rien. A rien. Elle regarde sa propre main, puis la sueur sur le visage de Young, sur sa poitrine, et de nouveau sa propre main qui glisse sur son sexe. J’aime ta queue, Young, je la veux, ta queue. »  


mercredi 2 août 2017

Le Royaume des Marécages

« Le palais des Marécages, avec ses « domestiques » - des êtres qui ne semblaient qu’à demi humains ! – répugnants, et cependant pitoyables. Hommes et femmes étaient pareillement difformes ; d’âges extrêmement divers, mais généralement avancés ; leur peau avait la pâleur horrible des ventres de crapaud ou de serpent ; ils avaient les yeux creux, affligés et cernés d’ombre ; »

Minuit, dans le jardin du bien et du mal. Deux noirs sont lynchés par des sympathisants à la cagoule blanche. Nous sommes au début de l’année1905 et le Ku Klux Klan a ses entrées dans le domaine universitaire de Princeton. Le lieu de cet épais roman de Joyce Carol Oates, pensionnaire du même collège. Elle connait donc bien les mœurs et son histoire. Et quelle étrange histoire son esprit a fomenté dans les marécages de ses environs. Une histoire de démon et de malédiction centrée autour de la personne de Woodrow Wilson, président de l’Université de Princeton, avant qu’il n’engendre des fonctions bien plus hautes et méritantes.

« Les enfants de la nuit, c’est ainsi qu’il les nommait. Ces créatures hideuses qui s’ébattaient sous la fenêtre de notre chambre, dans le cimetière désolé. Elles étaient pourtant presque aussi actives durant la journée : piaulant, gloussant et se chamaillant, elles fouissaient les tombes décrépites et les flaques fétides d’eau noire avec une avidité frénétique. »

Mais après tout, deux noirs au bout d’une corde, on s’en balance un peu… Non ? Il y a plus important : la Malédiction ! Une jeune femme, bien sous tous rapports, la fille du pasteur, enlevée lors de son mariage par un « être », plus proche du diable que de l’humain, parait-il, pourtant on a fumé le cigare ensemble le mois dernier, mais je lui ai trouvé un air louche quand même, surtout après le second bourbon pris dans le fauteuil en cuir de la bibliothèque.


lundi 31 juillet 2017

Beauté Cosmique

 

Je la regarde, beauté endormie, délicatement posée sur les draps froissés de mon lit. Elle semble dormir à poings fermés, pendant que la lumière s’épanche sur son corps dénudé par une nuit d’amour. La respiration reposée, le souffle allégé, sa poitrine se soulève au son des tambours de mon cœur. Je sens l’odeur de café, l’odeur du soleil, l’odeur de son sexe, tous ces parfums qui flottent dans l’air et m’enivrent de si bon matin. Pendant que la cafetière fait ploc-ploc, noir avec un demi-sucre, et avant que je ne te tartine de miel, je me lance dans l’écoute de Sun Ra

Sun Ra, une musique toujours surprenante, toujours exaltante, qui ne me laisse jamais dans l’indifférence, qui me plonge dans la chaleur envoutante d’une beauté hypnotique. Le disque s’ouvre sur un « Springtime Again » (9’16), again et encore, chaloupée vespérale, litanie érotique à la manière d’un Love Supreme du ‘Trane.

Ouvre-moi, la porte de ton sexe, je t’ouvrirai la porte du cosmos semble vouloir dire le second morceau « Door of the Cosmos » (8’59). Est-ce les ondes du soleil qui t’ont réveillée lorsque j’ai entrouvert la fenêtre ? Ou le saxo qui emplit la chambre de sa chaleur et de son âme. Âme soul, saoul de ton parfum, je garde le silence face à tant de beauté. Respire ce silence, respire cette musique qui s’écoule entre tes cuisses, comme une musique un peu funky qui voudrait s’y glisser. En douceur, au début, avant d’accélérer le rythme avec tous ces saxos rutilants. 


jeudi 27 juillet 2017

L'éveil de Léveillé, un tonneau de Rhum au Canada

L’orage gronde, le ciel devient noir, black is back, un noir devant moi, il me sert un verre de rhum, couleur ambrée, rhum de la Martinique. La chaleur m’envahit, comme la flemme dans mon hamac, une négresse joue de sa feuille de bananier, gros seins nus qui se balancent, je me balance dans le hamac, les esclaves faut que ça serve, ses charmes me tiennent éveillés. La Martinique, première partie de mon voyage où je découvre l’avis d’un « éveillé », Mathieu Léveillé. Normal qu’il se réveille après une séance de torture, sous le coup de la loi. Je ne comprends pas pourquoi abîmer la marchandise, en lui coupant un jarret. Toujours est-il que ce cher Mathieu (enfin pas si cher que ça, ça ne vaut pas le prix d’un kilo de café ou d’un tonneau de rhum) est condamné avec ses deux jarrets à la pendaison, avant même un café noir.

« En 1685, le Code noir, texte juridique réglant la vie des esclaves dans les îles françaises, est promulgué et le marronnage, officiellement puni :" L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour où son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées, et sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule. S'il récidive une autre fois, à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé et sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule. La troisième fois, il sera puni de mort", stipule l'un de ses 60 articles. »
Pendant que je balance toujours mes rêveries coloniales au grès de la bise et du hamac, Mathieu Léveillé broie du noir dans sa cellule, dans le noir. On ne va tout de même pas installer une lumière, encore moins tenir la chandelle à ses désirs de fuite. Mais une étrange proposition lui sera faite, qui le tiendra éveillé toute la nuit. Quoi qu’il n’ait pas vraiment hésité bien longtemps, le noir veut vivre. Pour échapper à la corde, il se voit proposer un job, un peu mieux payé que rien du tout, et c’est toujours mieux que de s’exercer aux nœuds coulants. Quoi que dans son nouveau métier, il devra savoir faire autant les nœuds marins que ces nœuds coulants. Et hop, destination le Canada, qu’à l’époque on appelait encore Nouvelle-France, pour rester esclave mais devenir bourreau. Plus de chaînes à ses pieds, désormais, ce sera lui le maître des clés, des cadenas, des chaines et des brodequins.

lundi 24 juillet 2017

Bière, Cachaça, Rhum

« - Je viens des regrets, je vais vers le rêve et je suis là par hasard.
Silence perplexe. Jamais personne, à Esmeralda, n’avait proféré de phrases aussi sibyllines. »

Le soleil semble se coucher dans la moiteur de la jungle. Seul au comptoir, je bois ma bière en silence, silence de la jungle. Clac, un moustique en moins, tâche noire et sang sur le comptoir. Le silence se fait de nouveau, silence de la jungle. Le serveur me sert un verre de cachaça. Le perroquet se tait. L’atmosphère se bloque. Il se trame un truc. Et dans truc, je n’entends rien de sexuel, à mon grand regret, la seule pute du village est avec le colonel. Un truc du genre spirituel, un verre de rhum se pose sur le comptoir. Il fait soif. Pour contrer le triptyque chaleur-humidité-moustique, en Amazonie, on compose avec bière-cachaça-rhum. Le remontant de la vie. La musique de la vie. D’ailleurs, à propos de musique, suis-je le seul à l’entendre ? Je me retourne, personne dans la taverne. J’ai déjà oublié que je suis du genre à boire seul, dans ma vie. Le silence s’est subitement tu. Des notes sortent du fleuve. Un piano blanc qui vogue le long du Rio Negro. Étonnant. Je crains d’avoir trop bu. Et pourtant, tout le village est là, sur les rives d’Esmeralda, curieux de cette musique, et de cet étranger qui joue du piano assis, les yeux fermés.

Il s’appelle Amazone Steinway, Amazone comme le fleuve, Steinway comme le piano. La musique de la vie, la vie est un long fleuve pas aussi tranquille que l’Amazone.

mardi 18 juillet 2017

Entre Tombe et Tombeau

Des livres comme ça, ça devrait être interdit. La tristesse à l’état brut. Seita se meurt, seul comme une personne abandonnée sur un quai de gare ou un tunnel de métro. Quel âge a-t-il ? Ma foi, juste l’âge d’être le grand frère de Setsuko. Ainsi commence le roman, par la mort de Seita.

« … à peine eut-il bondi vers l’entrée de la maison qu’il fut submergé par le fracas des bombes s’écrasant au sol puis, la première vague passée, il y eut cette illusion que le silence tout d’un coup était revenu, cependant que les B 29 n’en finissaient pas de pousser leurs mugissements oppressants. »

La seconde guerre mondiale. J’entends le bourdonnement sourd des avions américains au-dessus de la campagne japonaise. Une sirène stridente vient hurler à la population l’ordre de se réfugier dans les abris prévus à cet effet. Une pluie de bombes s’abat. Le village entier brûle. Une pluie de cendres s’envole. Seita porte sur son dos sa petite sœur Setsuko, s’éloigne du village, se réfugie dans la montagne. Une chaleur s’empare de la rue en flamme. Vite…

Ou est leur père ? Commandant de bord, parti combattre l’ennemi, il ne donnera aucun signe de vie. Leur mère ? Inconsciente, brûlée, morte. Orphelins, sans ressource, ils vont se réfugier chez une tante qui ne leur apportera que l’aide minimum et leur fera bien comprendre qu’ils sont plus une charge qu’un amour.
La tristesse continue. Malgré tout je perçois l’illumination dans les yeux de Setsuko lorsqu’elle découvre la lumière des lucioles. Et ce rire, marque d’insouciance d’une petite fille de 5 ans qui marque mon esprit.

samedi 15 juillet 2017

La Rumeur de Beauval

C’est avec un regard neuf que j’entame ce « Trois Jours et une vie ». Je sais d’ors et déjà que Pierre Lemaitre a écrit son chef d’œuvre avec « Au-revoir là-haut ». On ne se remet jamais tout à fait d’un livre aussi fort, j’en garde encore les images en moi. Partant donc de ce principe pour ce premier livre post-Goncourt, je me laisse ainsi guider vers Beauval, petite bourgade jurassienne, sombre histoire d’un meurtre non élucidé. Loin de la grande fresque historique, je plonge dans un petit roman oppressant et intime. J’imagine dans les cuisines l’odeur d’un poulet au vin jaune, alors que la tempête fouette le bois de Saint-Eustache. La scierie est en difficulté financière, les emplois menacés, et généralement quand on est né à Beauval, on reste généralement à Beauval. Vieil adage du terroir qui montre bien la difficulté à tourner le dos complètement à ce coin perdu où tout le monde se connait, où les petits potins dans le troquet font office de vérités, où le petit Rémi a disparu un après-midi de 1999 après avoir fait une partie de la route avec son père vers la scierie.

« Beauval, c'était un peu ça, une ville où les enfants ressemblaient à leurs parents et attendaient de prendre leur place. »

En fait, à Beauval, c’est le calme avant la tempête, c’est l’encéphalogramme plat tout au long de l’année, même pour le petit Rémi. Surtout pour lui, d’ailleurs. Et puis il y a Antoine, qui doute, qui a peur, qui n’oublie pas. Telle une épée de Damoclès pointée au-dessus de son cœur, il s’attend à ce qu’on lui enfonce un pieu dans le poitrail. Comme une libération. De sa souffrance et de ses péchés. Car à Beauval, on croit plus ou moins à Dieu, on va à la messe certains dimanches, prendre un petit verre de vin blanc avant, et pis une Suze-Cassis après… Moi, je n’aime pas la Suze avec ou sans cassis alors, je commande un Pastis.

jeudi 13 juillet 2017

Lady Oscar


« - Tiens.
- Encore toé…
- Tiens.
- C’é quoi ça ?
- Un livre.
- Un cadeau ?
- Mais non, franchement, c’est juste un livre ?
- Ah. J’en veux pas. Je lis pas.
- Pourquoi ?
- Parce que j’haïs ça.
- Pourquoi t’haïs ça ?
- T’aurais dû m’amener de la bière, une bonne ‘tite bière frette. »

L’histoire commence comme ça. Un vieux, un peu grincheux, un peu solitaire, assis sur sa chaise rouillée sur sa terrasse. Il regarde la rue, n’en a rien à foutre, observe en silence, une ‘tite bière frette à la main. Il n’a jamais regardé un épisode de Lady Oscar. Tout ce qui l’intéresse, lui, c’est sa bière, un Don de Dieu, et la bonne température de sa bière. Il attend juste que la mort vienne le chercher, avec sa bière frette. Et il espère qu’elle viendra rapidement.

- Dis, c’est quoi un sandwich à la crème glacée ?

Et pis, y’a Hélène qui veut qu’on l’appelle Joe. Un prénom masculin pour faire comme Lady Oscar du temps de la splendeur de Versailles. Elle ne rate pas un épisode de ce manga japonais et se rejoue dans sa tête et dans sa vie les scénarii, les dangers et les actes de courage de cette lady élevée comme un garçon. Lady Oscar, c’est son initiation à la vie.

Entre ces deux-là, une certaine connivence va s’installer. Ils vont s’apprivoiser. Ils vont apprendre à se connaître. Il faudra quelques temps pour qu’ils s’apprécient vraiment, mais une fois l’amitié scellée, cela sera un bonheur de les voir converser. Elle n’a que huit ans, même si elle déclare en avoir dix. Elle rêve d’exploits assez dignes pour sauver Marie-Antoinette des malversations de son entourage. Sauf qu’elle doit se contenter de livrer des journaux ou de servir des bières frettes dans une salle de bingo. Il n’attend plus rien de la vie, si ce n’est qu’elle lui foutte la paix (la vie) en s’évadant rapidement de son corps déjà froid (tiens, une douleur dans le bras gauche, sueurs et palpitations, serait-ce le bon moment).

« - En tout cas… ce serait fun si t’arrêtais de vouloir crevé.
- Pis toé de jouer au p’tit gars manqué. »

lundi 10 juillet 2017

Un Livre dans mon Cartable


L’école est finie, je range la chambre, et redécouvre ce petit minuscule roman qui doit peser à peine plus de 35 grammes mais qui apporte bien plus d’espoir, au moins jusqu’à 35 kilos. J’ai déjà eu l’occasion de croiser par deux fois l’éternel sourire d’Anna Gavalda lors de séances de dédicaces. Elle a l’air si avenante et si proche de ses lecteurs. Pourtant, je ne l’ai jamais lu. Je suis sûr que dans ces livres doivent s’immiscer de nombreuses histoires d’amour… Et moi l’amour… Alors, c’est décidé, je vais commencer petit bras par ce petit roman qui ne parle pas d’amour mais d’espoir…

Et que la rencontre fut belle, que l’histoire fut émouvante… Un livre à garder précieusement dans le cartable (en plus du décapsuleur) de tous les écoliers… Nous ne sommes pas tous dans le même moule même si l’éducation ne veut pas l’entendre – ou du moins n’a pas les moyens de s’étendre sur des cas particuliers. Il suffit parfois de savoir écouter et de trouver sa voie. La voie, le petit garçon, si frêle avec ses 35 kilos et son grand-père, personnage si magnifique, l’a trouvé – d’où l’importance des grands-parents lorsque les parents sont dépassés. Et c’est ça qui rend le roman aussi sublime qu’émouvant. Il ne faut pas grand-chose, juste une lettre d’un garçon d’une dizaine d’années, pour sentir quelques larmes monter. Il y a de la bonté humaine dans ces quelques pages, en plus d’une part de rêve enfantin. Rêve d'enfant parce qu'à mon âge, les rêves sont derrière moi... 

vendredi 7 juillet 2017

Lumières Nocturnes

Paris, virée nocturne.
Des jeunes enchaînent les lignes de métro, comme les traders les lignes de coke.
C’est beau une ville la nuit. Toutes illuminées, rues et ruelles ont été désertées. Quelques gyrophares bleutés tournoient dans les airs comme des hirondelles au printemps ou des pigeons au-dessus d’un reste de kebab.
La ville est devenue même silencieuse. Après l’explosion de quelques bombes aux cibles de choix. Paris brûle tandis qu’un grand magasin, temple de la consommation de luxe, garde ses lumières allumées. Jeunes allumés ou illuminés s’y réfugient, pour attendre le calme, et la fin de ce week-end de terreur. Des lumières nocturnes qui illuminent le déclin de notre société, sans repère, sans âme, sans vie.

La France a peur. Et ces jeunes qui posent des bombes, sans même savoir pourquoi. Génération désenchantée, une jeunesse totalement à la dérive, oubliée et laissée sans repère. Je ne saurai rien de leur motivation, ni de leurs rencontres. Juste les actes, et l’après, dans cette nuit où la clarté des gyrophares bleus illuminent les pavés abandonnés. Cette absence de motivation, de revendication, peut en troubler certains. Pas moi, je me laisse juste guider par les gyrophares, par la musique sortie de la dernière gamme des enceintes Bose, par ces néons flashant dans un centre commercial, par ces chaînes d’information qui bouclent et rebouclent continuellement les mêmes images, l’heure du matraquage médiatique à toute heure. En clair, j’ai adoré, j’ai été passionné, je le reverrai. Encore et encore. Le genre de film que j’aime voir et revoir. Bombes & Bass.

mardi 4 juillet 2017

De Certaines Façons de Mourir… II

« Je lui logeai la balle entre les deux yeux. Il n’éclaboussa presque pas, tellement il allait mal. Il trépigna comme un petit enfant et ses mains eurent des convulsions pendant quelques instants.
Lorsqu’il ne bougea plus, j’étais certain de ne plus travailler avec le Colonel. Je n’avais pas idée de ce que j’allais faire, mais j’étais fatigué de tuer des pauvres diables. La moindre des choses, c’est de décider qui on tue et qui on ne tue pas. »

Le héros est fatigué, usé même par ces mois de service auprès du Colonel. Il a mis une balle entre les deux yeux d’un journaliste. Cela ne lui a pas plu. Les meurtres sur commande, il s’en lasse. Il veut reprendre sa vie en main et pouvoir choisir de lui-même qui tuer. C’est pour affirmer cela qu’il rencontre une dernière fois le Colonel, afin de lui présenter sa démission.

A travers l’histoire de ce héros, je retrouve l’univers des « brigades spéciales » du Mexique. Entre corruption et meurtres, ces brigades se mènent la guerre. Conçues comme des entités distinctes de la Police, elles s’affrontent entre elles pour garder la main mise sur le pouvoir et sur la ville.  

L’écriture est nerveuse, fluide, quelques morts des coups de feu, et des héros qui tombent de sommeil. Cela ferait un bon scénario de film. Ce second volet « de certaines façons de mourir » de l’écrivain salvadorien en exil mexicain est encore plus captif que le premier (il peut d’ailleurs être lu indépendamment). Les années flétries. Le rythme est fluide, la conscience s’interroge.

vendredi 30 juin 2017

Bonnie & Clyde

Alors voilà, Clyde a une petite amie
Elle est belle et son prénom c’est Bonnie.
Bonnie and Clyde, Bonnie and Clyde…
Clyde prend le métro pour le centre-ville de Buenos Aires.
Bonnie ouvre une boite pour chat.

« Dans le métro, il frappa dans ses mains en rythme devant un homme qui chantait en s’accompagnant à la guitare, il cria « Oh yeah ! », éclata de rire et regarda autour de lui. Les gens le regardait fixement, cela le mit mal à l’aise. Il rentra chez lui. Se masturba deux fois. Vomit. Avala un médicament. S’endormit. »

Ce soir, Bonnie & Clyde se rencontrent pour la première fois, autour d’une calzone et d’un jus de légumes aux couleurs gerbantes, après avoir passé beaucoup de temps à se connaitre, à échanger des mails sur leurs ordinateurs Lenovo, à s’écrire des SMS sur leurs derniers Samsung S Galaxy, à se regarder sur Skype… Un peu geek, mais follement amoureux. Deux âmes solitaires qui vivent dans leurs piaules avec leur chat respectif.

D’un esprit un peu fou, un peu foutraque, ils vagabondent dans les rues de Palermo, la tête dans les étoiles, les rêves plein la tête, rêves d’étoiles, rêves de hold-up, rêves d’un monde bizarre. Les fantasmes rythment leurs journées, leurs nuits, leurs tchat. Ou pas. Ils entrent dans la réalité subitement pour s’évader la seconde d’après, couple moderne des nouvelles technologies.


mardi 27 juin 2017

Celles qui voulaient…

Depuis sa sortie en salle, je rêve de voir ce diptyque, conçu au départ comme une mini-série en 5 épisodes à la télévision japonaise. Cinq années qui se sont écoulées et qui m’ont obsédé, cinq années durant lesquelles je me posais ces deux questions à chaque tasse de thé :
1. Qui sont celles qui voulaient se souvenir ?
2. Qui sont celles qui voulaient oublier ?


Kiyoshi Kurosawa, avant tout renommé pour ses films d’horreur et surnaturels, dans le genre « terrifiant » et « creepy », à en hurler un cri interminable (de jouissance ?), vient ici avec un autre état d’esprit, inquiéter par le mystère. Il fait de ce Shokuzaï un thriller hautement psychologique qui interroge l’âme des hommes et des femmes en l’occurrence, puisqu’il n’y sera question que de « celles ».

Elles sont donc cinq. Cinq petites filles que l’innocence de l’âge s’arrêtera nette en cette fin d’après-midi, dans le terrain de sport de ce petit village de campagne. Elles sont en train de jouer, à la balançoire, à la marelle ou à la corde à sauter, je ne sais plus, des jeux de petites filles. Un type demande un petit service à l’une d’entre elle. Innocent que je suis, je me dis quand même qu’il a l’air un peu louche le gars. Pourquoi elle, d’ailleurs ? Pourquoi pas moi ou toi ? Elles se poseront cette question toute leur vie, hantées par une réponse qui ne viendra jamais apaiser leur souffrance. Emili vit ses derniers instants, alors que le soleil n’est pas encore couché, violée et sauvagement assassinée dans le gymnase désert. Elles l’ont toutes vu mais ne disent rien, ne se souviennent pas de la tête de l’assassin. La mère d’Emili, entre tristesse et colère, les maudira. Elles ne se déferont jamais de cette malédiction maternelle.

jeudi 22 juin 2017

Les Travestis de Bariloche

Alors que le soleil burine la plaine balayée par le vent chaud, je me poste droit devant les barbelés de l’ESMA. Le regard qui me porte au loin, j’imagine, je sonde, j’écoute, le silence et le vent chargé de pleurs, de cris, de plaintes. Escuela Superior de Mecánica de la Armada, école militaire devenue célèbre pour avoir servi de centre de détention et de torture pendant les dictatures des années 70 et 80. Il y a cette grand-mère à côté de moi qui cherche du regard l’âme de sa fille disparue, à ses côtés son petit-fils, le héros de mon histoire.

Il est là devant moi, le regard également vers cet endroit de torture, sa mère a disparu, el hijo perdido. Il a un frère né en captivité et disparu également, du moins c’est ce que sa grand-mère prétend. Il pense aussi à sa copine Romina qui milite pour HIJOS* sans savoir réellement pourquoi. Elle est enceinte, mais partie… Alors, il erre dans les rues de Buenos Aires, à la recherche de son passé, de son frère. Il y croise une certaine Maïra, travesti dont il tombe éperdument amoureux. Elle disparait aussi. Dans d’étranges conditions. Mystérieuse Maïra est-elle une taupe, un indic de la police militaire, son frère ? Il dérive vers un monde paranoïaque où les travestis se font massacrés…   

« La filature a duré un bon moment. Maïra est rentrée dans un supermarché et en est ressortie sans avoir acheté quoi que ce soit. C’était peut-être une espionne ou quelque chose comme ça, un agent. Qui l’envoyait ? J’ai tout de suite vu un complot international destiné à en finir avec l’homosexualité dans le monde. Les travestis, en fait, était le moyen imaginé par les comploteurs – une gigantesque organisation-méduse clandestine – pour attirer et démasquer des homosexuels tièdes – peu visibles – et des bisexuels comme moi, les ficher, les localiser et, une fois les conditions réunies, couronner leur plan par une razzia sans pitié dont le but était d’éliminer tous les pédés de la planète. »

mardi 20 juin 2017

Rencontres Chaudes à Barbezieux

J’allume la télé, chambre douteuse d’un hôtel, Rue de la Gaieté. La rue des théâtres. Mardi, c’est relâche ce soir. Alors je descends la rue dans tout son long jusqu’au Falstaff, bar à Chouffe. Se désaltérer d’une Chouffe avec toute la langueur et le cérémonial. Une seconde pinte même, c’est happy hour. En remontant la rue, je vois les néons de quelques sex-shops encore en activité. Presque glauque. Je me glisse derrière le rideau, en toute discrétion. Je glisse une pièce dans la fente. Je glisserai bien un majeur dans sa fente, danseuse nue et aguicheuse derrière une vitre, des miches rondes, un cul pressenti ferme. Où est le vrai là-dedans ? Certainement pas dans ses seins, ni dans l’amour ou la passion. Le lieu est froid, sans amour, sans attrait même, même pas celui de la digression. De toute façon, internet a tué les sex-shops. 

« Il ferma la porte à clé derrière lui, glisse une pièce de dix francs dans l’appareil et cherche la chaîne vingt-deux. La brune est toujours là mais pas la blonde. A sa place, un grand type musclé à genoux fait un cunnilingus à celle que malgré lui il considère déjà comme sienne. Autant c’est excitant à faire un cunnilingus – et certaines filles, se dit-il, ont des chattes délicieuses, il est persuadé que la chatte est la bouche de l’âme, les âmes noires et amères donnant aux chattes un goût noir et amer -, autant c’est ridicule à voir. Ce type à genoux qui tire la langue, grotesque ! »

J’allume la télé, nouvelle chambre miteuse d’un hôtel de campagne. Pas de room-service, ni même de bar. J’éteins la télé, de toute façon, y’a même pas le câble. Il faut que j’aille sur la place du village, troquet ouvert jusqu’à 22h30 où les agriculteurs en mal de solitude étanchent leurs soifs jusqu’à plus soif, d’un rouge agressif d’un blanc cassis, une télé toujours allumée sur les informations régionales pour suivre le cours de la viande de bœuf. Barbezieux. Il y a plus idyllique pour faire des rencontres. Je hais ces salons littéraires qui déplacent l’esprit au milieu des bouses de vache. A marcher dedans sans porte-bonheur. Rencontres chaudes à Barbezieux, ça fait bander !

samedi 17 juin 2017

Pulse

pulse
[pʌls]
noun
1- MEDECINE   pouls
[single throb]   pulsation
he took my pulse   il a pris mon pouls
her pulse (rate) is a hundred   son pouls est à cent (pulsations par minute)
my pulse quickens when I see her   quand je la vois, j'ai le cœur qui bat plus fort
2- ELECTRONICS & PHYSICS [series]   série d'impulsions
[single]   impulsion
3- [vibration]   rythme régulier
4- [bustle, life]   animation
5 -BOTANY [plant]   légumineuse
COOKING
(dried) pulses   légumes secs

pulse
[pʌls]
intransitive verb 
[blood]   battre
[music, room]    vibrer
a vein pulsed in his temple   une veine palpitait sur sa tempe
the music pulsed inside my head   la musique résonnait dans ma tête

Dictionnaire Larousse Anglais-Français.

Ce soir, c’est samedi, alors je vais aller danser.

Je pulse, in and out
Dardé par les phares
Empoisonné du soleil noir
Je pulse et pulse encore

Etienne Daho, Jungle Pulse


mercredi 14 juin 2017

une Orgie de Chouffe

Comment peut-on se séparer d’un John Fante. L’illustre Fante si cher à Bukowski, sa renommée posthume le lui doit bien. Petite histoire du livre version objet, avant de démarrer dans le vif du sujet. Je le découvre, les pages plus que jaunies. Il sent le vieux, il sent le vécu. Des rides sur la tranche qui le rend encore plus beau à mes yeux. En fait, c’est comme les femmes, leurs rides leur donnent tant plus de charmes. Surtout s’il est question d’ « orgie ». Mais ne te fis pas au titre et revenons au délice orgiaque. Le livre jauni, odeur humide, majeur en émoi, s’est retrouvé par le plus grand des hasards sur une brocante charentaise, son précédent lecteur nul doute qu’il est à appeler au masculin parce que Fante est fait pour les mâles qui ont du poil sur le torse. Première aberration : comment peut-on vendre sur une brocante un Fante ? Du coup, un homme, encore un peu jeune, un peu de poil sur les pattes et sur le menton, le repère, le prend, ne négocie même pas. Un Fante ne se négocie pas, jamais. Seconde aberration : cet homme, qui respire pourtant l’intelligence, ne le lit pas et me l’envoie aussitôt. Je ne peux rien dire, juste à accepter ce cadeau. Avec jubilation, même. Un nouveau Fante, ça ne se refuse pas, jamais. Un jour, petit, tu deviendras un homme et tu liras John Fante.

Deux nouvelles dans « l’orgie ». La première qui porte son nom me parle de son père. Fils d’immigré italien, la famille est importante. Le paternel, la fondation d’une famille. Il y est question d’une mine d’or et donc du père de ce jeune garçon. Un père qui boit, un père qui voit d’autres femmes que sa mère. Beurk. Le petit s’en trouve traumatisé, sonnant la fin de l’innocence enfantine. Ce père qu’il estimait tant descend en chute libre de son piédestal. Il y est aussi question de religion. Dans cette famille catholique et italienne, la foi de sa mère et ses prières incessantes deviennent lourdes à porter pour ses frêles épaules. Surtout quand son père lui demande une certaine solidarité masculine vis-à-vis des mensonges avec sa mère. La fin d’un couple à ses yeux de jeune rital.

« Dieu avait répondu à mes questions, dissipé mes doutes, restauré ma foi ; le monde était de nouveau acceptable. Le vent était tombé, les flocons descendaient doucement comme de silencieux confettis. Grand-maman Bettina prétendait que les flocons de neige étaient les âmes du ciel qui revenaient sur terre pour une brève visite. Je savais que ce n'était pas vrai mais que c'était possible ; j'y croyais parfois quand l'envie m'en prenait.J'ai tendu la main devant moi, de nombreux flocons sont tombés dessus, étoiles qui vivaient quelques secondes, et après tout pourquoi pas ?
Peut-être l'âme de Grand-papa Giovanni, mort il y avait maintenant sept ans, ou celle de Joe Hardt, notre camarade de la troisième base, tué l'été dernier sur sa moto, et toute la famille de mon père dans les lointaines montagnes des Abruzzes, grands-tantes et grands-oncles que je n'avais jamais connus et qui avaient quitté ce monde. Et toutes les autres, ces milliards d'âmes mortes, les pauvres soldats tués au combat, les marins perdus en mer, les victimes de la peste et des tremblements de terre, les riches et les pauvres, tous ces êtres morts depuis le commencement des temps, tous condamnés sauf Jésus-Christ, le seul dans toute l'histoire de l'humanité qui soit jamais revenu, le seul et unique, mais y croyais-je vraiment ? » 

dimanche 11 juin 2017

Ostie d’criss de câlice de tabarnak

« Donc, non, Hakim n’abusait pas de moi. On se faisait des câlins, des bisous et tout, et c’était bien.
Je m’en fous si tu trouves ça dégueulasse.On regardait plein de films quand j’allais pas à l’école. Il me disait : « Tu vas me chercher une bière, P’tit-cul ? » J’y allais, et j’en sortais une autre du frigo en même temps, parce qu’il préférait la bière pas trop froide, mais pas chaude non plus. Un peu plus froide que tiède. C’était comme une science, avoir la bonne température de bière pour Hakim, et j’étais putainement bonne là-dedans. Ma mère, non. Elle s’en foutait, elle lui disait qu’il avait juste à aller se la chercher lui-même. Moi, c’était comme ma vocation. J’aurais pu passer ma vie à faire ça. « Heureusement que t’es là », qu’il me disait, et il me faisait un bisou. « T’es la femme parfaite ! »Tu sais ce que c’est, d’être la femme parfaite ? Quelqu’un t’a déjà dit que t’étais la femme parfaite ? »
Ostie d’criss de câlice de tabarnak. C’est la première impression que me vient quand j’ai commencé ce bouquin. Et quand j’ai tourné la dernière page également. C’est jouissif comme une vraie lecture québécoise, avec du parler québécois que si je n’avais pas vu tous les épisodes de la série « 19-2 » j’aurais eu besoin des sous-titres. Avec son franc-parler, et son parler franc, j’imagine même le débit de ses paroles qui glisse aussi bien sur papier. J’avais envie de lui dire, moins vite, poupée, ralentis l'débit, j’comprends pas tout. Bon faut dire que c’est une nana en crisse. Totalement en Crisse. Toujours. Tout le Temps. Et pis, c’est pas vraiment une poupée. A 13 ans, elle a encore l’âge d’y jouer, mais pas encore d’en devenir une.

Anyway… 13 ans… C’est ce qui rend cruel ce roman. Surtout rageant même. Dérangeant, aussi ? Probablement. Une mère… bon ok, ça reste une mère, mais à 13 ans, en pleine crise d’adolescence, la mère on s’en passe… Et puis il y a Hakim à la maison. Pas son père, mais c’est tout comme. Son père, sauf qu’il a la peau mate et pas les yeux bleus. Elle l’aime bien Hakim. Une certaine complicité. Presque malsaine diront les puritains. Combien de fois n’ont-ils pas regardé ensemble et en petite culotte, « Scarface ». A en connaître les dialogues par cœur. Hey p’tit cul, tu vas me chercher une bière au frigo. Joli nom, p’tit cul. Bon OK, elle a 13 ans et alors, me diras-tu ! Et, la main qui s’égare dans sa culotte en coton. Bon, je te fais l’impasse sur les détails scabreux, qui d’ailleurs ne sont pas présents, puisqu’elle n’y voit que connivence et beauté du geste. De toute façon, sa mère, elle a viré Hakim… la salope… Non, j’en dis pas plus, tu vas trouver ça dégueulasse…

jeudi 8 juin 2017

Dans le Sertao

« « Un chat s'étira, les murs se raidirent. La pression de l’air aplatit les corps contre le matelas, la maison entière s’alluma et s’éteignit, une ampoule au milieu de la vallée. Le grondement du tonnerre s’étendit jusqu’au côté opposé de la montagne. Sous la bâtisse la terre, de charge négative, reçut l’éclair positif d’un nuage vertical. Les charges invisibles se rencontrèrent chez les Malaquias.
Le cœur du couple en était à la systole, le moment où l’aorte se ferme. La voie étant contractée, la décharge ne put la traverser pour rejoindre la terre. Au passage de l’éclair, le père et la mère inspirèrent, le muscle cardiaque reçut la secousse sans pouvoir l’évacuer. La foudre chauffa le sang à des températures solaires et entreprit de brûler tout l’arbre circulatoire. Un incendie interne qui obligea le cœur, ce cheval qui galope tout seul, à terminer sa course en Donana et Adolfo.
Chez les enfants, les trois, le cœur en était à la diastole, la voie express était ouverte. Le vase dilaté ne fit pas obstacle au cours de l’électricité et le rayon passa par l’entonnoir de l’aorte. Sans affecter l’organe, tous trois ne reçurent que des brûlures infimes, imperceptibles. »

Un coup de foudre. L’éclair s’abattit sur la maison. Les deux parents brûlés vifs, les trois enfants s’en sortent presque miraculeusement indemnes. La fille sera achetée par une princesse arabe, l’ainé travaillera dans la fazenda voisine, le dernier restera à l’orphelinat, il est nain.

Caruarú hotel centenario, suite princière, vue sur les chiottes, télé couleur,
courant alternatif.
Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l'air épais du manioc
Le dernier texaco vient de fermer ses portes
Y a guère que les moustiques pour m'aimer de la sorte
Leurs baisers sanglants m'empêchent de dormir
Bien fait pour ma gueule ! J'aurais pas dû venir ...

mardi 6 juin 2017

Le goût tourbé d’un whisky de Géorgie

La chevelure blonde descend difficilement de sa bécane. Usée par la vie, l’alcool et son foie usé, elle retourne sur ses terres de Géorgie. Cette chevelure aussi blonde que légendaire n’est autre que Gregg Allman, l’un des frères des Allman Brothers Band. Il voulait faire un dernier opus avant que son foie ne l’emporte définitivement dans le bayou. Un album de reprises, éternels morceaux maintes fois pris et repris, mais une voix unique, celle du sud, un accent de moiteur et de chaleur tropicale sur des airs à la Muddy Waters ou B.B. King, s’entourant de quelques grands noms du sud et du blues, comme le fabuleux Dr John au piano.

La voix s’élève une dernière fois de la jungle sudiste, charme les crocodiles et garde en bouche le goût tourbé d’un whisky de Géorgie. Les fans les plus fanatiques des Allman Brothers Band feront peut-être la fine bouche, espérant toujours mieux du prince du blues aux cheveux d’or qu’une simple revisite du répertoire sudiste. Moi, j’ai redécouvert la nonchalance de ce sud, la mélancolie de cette terre presque tourbée. En fermant les yeux, je pousse les portes battantes de ce bar presque perdu et abandonné si une dizaine d’Harley Davidson n’était pas garée devant. J’entends d’abord ce piano signé du Docteur de la Nouvelle-Orléans et cet homme encore debout, encore blond, toujours blues, toujours rocailleux. Je commande un verre de whisky, la sueur goutte de mes aisselles, parfum moite du sud profond, et j’écoute ce vieux Gregg. Rythm’n’blues sauvage, hommage.

dimanche 4 juin 2017

Les Obsessions de Mel

L’histoire vraie et presque aberrante si elle n’était pas humaine d’un objecteur de conscience qui veut partir faire la guerre sans fusil, ni bouquet de fleur c’était avant l’ère hippie. La défaite de Pearl Harbour s’affiche sur grand écran dans ce petit cinéma de Virginie, du temps où les actualités passaient avant le film, du temps où le garçon avait les mains moites lorsqu’il les posait sur la cuisse de la fille à ses côtés, du temps où il pouvait se prendre une claque parce qu’il l’avait embrassé sans la prévenir… Virginie, la campagne profonde de l’Amérique, la foi chrétienne affirmée, un père violent et alcoolique qui a perdu ses amis lors de la grande guerre, et Desmond T Doss qui signe son engagement en bon citoyen américain. Il est patriote mais refuse de toucher une arme. Tu ne tueras point, le commandement le plus important de la loi du Seigneur.

 


vendredi 2 juin 2017

Du Speed, de la Fumée et un Lac en Feu

 

Je te l’accorde, c’est le plus connu, je n’ai donc rien à dire dessus, encore moins à écrire. Tout a été dit, écrit, pensé, joué ou mimé. Oui, moi je mime Ritchie Blackmore à la guitare. Chacun ses héros. Dis tu vois pas de la fumée au-dessus du lac ? Pff, arrête de fumer, ou fais tourner ta Chouffe. C’est les pieds dans l’eau, eau froide d’un lac de montagne, lac de Genève, que le disque s’apprécie le mieux. L’eau est fraiche, mais la chaleur monte dans les veines. Une chaleur endiablée même. La nuit bien sûr. Pour voir les étoiles sous le clair de lune. Clair bleuté, étoiles scintillantes, autoroute lactée vers le ciel, prendre l’escalier pour le septième ciel, non, je me trompe de groupe, même année pourtant. Le rythme est soutenu dès le premier titre, une longue cavalcade où je chevauche la plus belle des pouliches. A rugir de plaisir, sauvage comme un lion. Speed, complètement speed, l’intro. Du speed et du metal, yep mec, du bon vieux riff, ce jour-là, ou cette nuit-là, dans un bus, le speed metal est né. Hallelujah. Speed King, plus fort et bien meilleur que Burger King. Non mais, tu sens pas cette odeur de brûlé ? Arrête tes délires, tu as déjà vu un lac en feu… Heu oui, je crois dans les années soixante-dix… Bon OK, mais c’est parce que le gars il chauffait trop le manche de sa guitare ? Ritchie ? Non, trouduc… Frank. Le Frank de Zappa & the Mothers of Invention. Il parait qu’il a mis le feu au chapiteau. Waouh, la légende. Yep, mec.  En attendant, écoute la batterie de Ian Paice. Yep, mec, elle claque. Et le gars à la guitare il assure un max. Yep, mec, Ritchie, on revient toujours à Ritchie, sa guitare illumine ma putain de vie comme un arc-en-ciel musical. Rainbow on my fucking life. Et la basse sur Pictures of Home ! Yep, mec, Roger Glover, je l’adore ce type love is all, l’âme de Deep. De toute façon, y’a pas à négocier : Deep Purple c’est 5 garçons dans le vent, Jon Lord, Roger Glover, Ritchie Blackmore, Ian Paice et Ian Gillan. Y’a eu des gars avant, y’a eu d’autres gars après. Y’avait des titres avant, des titres après. Le label Mark II. Deep Purple ne sera jamais mort, tant qu’il en restera un, le dernier. Mais cette formation-là reste le summum, celle qui me procure le plus de frissons et d’émotions. Mais, bon, cet album est bon, y’a tous les bons titres qui feront vivre l’âme des concerts suivants : Smoke on the water, Lazy, Space Truckin’.