jeudi 22 juin 2017

Les Travestis de Bariloche

Alors que le soleil burine la plaine balayée par le vent chaud, je me poste droit devant les barbelés de l’ESMA. Le regard qui me porte au loin, j’imagine, je sonde, j’écoute, le silence et le vent chargé de pleurs, de cris, de plaintes. Escuela Superior de Mecánica de la Armada, école militaire devenue célèbre pour avoir servi de centre de détention et de torture pendant les dictatures des années 70 et 80. Il y a cette grand-mère à côté de moi qui cherche du regard l’âme de sa fille disparue, à ses côtés son petit-fils, le héros de mon histoire.

Il est là devant moi, le regard également vers cet endroit de torture, sa mère a disparu, el hijo perdido. Il a un frère né en captivité et disparu également, du moins c’est ce que sa grand-mère prétend. Il pense aussi à sa copine Romina qui milite pour HIJOS* sans savoir réellement pourquoi. Elle est enceinte, mais partie… Alors, il erre dans les rues de Buenos Aires, à la recherche de son passé, de son frère. Il y croise une certaine Maïra, travesti dont il tombe éperdument amoureux. Elle disparait aussi. Dans d’étranges conditions. Mystérieuse Maïra est-elle une taupe, un indic de la police militaire, son frère ? Il dérive vers un monde paranoïaque où les travestis se font massacrés…   

« La filature a duré un bon moment. Maïra est rentrée dans un supermarché et en est ressortie sans avoir acheté quoi que ce soit. C’était peut-être une espionne ou quelque chose comme ça, un agent. Qui l’envoyait ? J’ai tout de suite vu un complot international destiné à en finir avec l’homosexualité dans le monde. Les travestis, en fait, était le moyen imaginé par les comploteurs – une gigantesque organisation-méduse clandestine – pour attirer et démasquer des homosexuels tièdes – peu visibles – et des bisexuels comme moi, les ficher, les localiser et, une fois les conditions réunies, couronner leur plan par une razzia sans pitié dont le but était d’éliminer tous les pédés de la planète. »

mardi 20 juin 2017

Rencontres Chaudes à Barbezieux

J’allume la télé, chambre douteuse d’un hôtel, Rue de la Gaieté. La rue des théâtres. Mardi, c’est relâche ce soir. Alors je descends la rue dans tout son long jusqu’au Falstaff, bar à Chouffe. Se désaltérer d’une Chouffe avec toute la langueur et le cérémonial. Une seconde pinte même, c’est happy hour. En remontant la rue, je vois les néons de quelques sex-shops encore en activité. Presque glauque. Je me glisse derrière le rideau, en toute discrétion. Je glisse une pièce dans la fente. Je glisserai bien un majeur dans sa fente, danseuse nue et aguicheuse derrière une vitre, des miches rondes, un cul pressenti ferme. Où est le vrai là-dedans ? Certainement pas dans ses seins, ni dans l’amour ou la passion. Le lieu est froid, sans amour, sans attrait même, même pas celui de la digression. De toute façon, internet a tué les sex-shops. 

« Il ferma la porte à clé derrière lui, glisse une pièce de dix francs dans l’appareil et cherche la chaîne vingt-deux. La brune est toujours là mais pas la blonde. A sa place, un grand type musclé à genoux fait un cunnilingus à celle que malgré lui il considère déjà comme sienne. Autant c’est excitant à faire un cunnilingus – et certaines filles, se dit-il, ont des chattes délicieuses, il est persuadé que la chatte est la bouche de l’âme, les âmes noires et amères donnant aux chattes un goût noir et amer -, autant c’est ridicule à voir. Ce type à genoux qui tire la langue, grotesque ! »

J’allume la télé, nouvelle chambre miteuse d’un hôtel de campagne. Pas de room-service, ni même de bar. J’éteins la télé, de toute façon, y’a même pas le câble. Il faut que j’aille sur la place du village, troquet ouvert jusqu’à 22h30 où les agriculteurs en mal de solitude étanchent leurs soifs jusqu’à plus soif, d’un rouge agressif d’un blanc cassis, une télé toujours allumée sur les informations régionales pour suivre le cours de la viande de bœuf. Barbezieux. Il y a plus idyllique pour faire des rencontres. Je hais ces salons littéraires qui déplacent l’esprit au milieu des bouses de vache. A marcher dedans sans porte-bonheur. Rencontres chaudes à Barbezieux, ça fait bander !

samedi 17 juin 2017

Pulse

pulse
[pʌls]
noun
1- MEDECINE   pouls
[single throb]   pulsation
he took my pulse   il a pris mon pouls
her pulse (rate) is a hundred   son pouls est à cent (pulsations par minute)
my pulse quickens when I see her   quand je la vois, j'ai le cœur qui bat plus fort
2- ELECTRONICS & PHYSICS [series]   série d'impulsions
[single]   impulsion
3- [vibration]   rythme régulier
4- [bustle, life]   animation
5 -BOTANY [plant]   légumineuse
COOKING
(dried) pulses   légumes secs

pulse
[pʌls]
intransitive verb 
[blood]   battre
[music, room]    vibrer
a vein pulsed in his temple   une veine palpitait sur sa tempe
the music pulsed inside my head   la musique résonnait dans ma tête

Dictionnaire Larousse Anglais-Français.

Ce soir, c’est samedi, alors je vais aller danser.

Je pulse, in and out
Dardé par les phares
Empoisonné du soleil noir
Je pulse et pulse encore

Etienne Daho, Jungle Pulse


mercredi 14 juin 2017

une Orgie de Chouffe

Comment peut-on se séparer d’un John Fante. L’illustre Fante si cher à Bukowski, sa renommée posthume le lui doit bien. Petite histoire du livre version objet, avant de démarrer dans le vif du sujet. Je le découvre, les pages plus que jaunies. Il sent le vieux, il sent le vécu. Des rides sur la tranche qui le rend encore plus beau à mes yeux. En fait, c’est comme les femmes, leurs rides leur donnent tant plus de charmes. Surtout s’il est question d’ « orgie ». Mais ne te fis pas au titre et revenons au délice orgiaque. Le livre jauni, odeur humide, majeur en émoi, s’est retrouvé par le plus grand des hasards sur une brocante charentaise, son précédent lecteur nul doute qu’il est à appeler au masculin parce que Fante est fait pour les mâles qui ont du poil sur le torse. Première aberration : comment peut-on vendre sur une brocante un Fante ? Du coup, un homme, encore un peu jeune, un peu de poil sur les pattes et sur le menton, le repère, le prend, ne négocie même pas. Un Fante ne se négocie pas, jamais. Seconde aberration : cet homme, qui respire pourtant l’intelligence, ne le lit pas et me l’envoie aussitôt. Je ne peux rien dire, juste à accepter ce cadeau. Avec jubilation, même. Un nouveau Fante, ça ne se refuse pas, jamais. Un jour, petit, tu deviendras un homme et tu liras John Fante.

Deux nouvelles dans « l’orgie ». La première qui porte son nom me parle de son père. Fils d’immigré italien, la famille est importante. Le paternel, la fondation d’une famille. Il y est question d’une mine d’or et donc du père de ce jeune garçon. Un père qui boit, un père qui voit d’autres femmes que sa mère. Beurk. Le petit s’en trouve traumatisé, sonnant la fin de l’innocence enfantine. Ce père qu’il estimait tant descend en chute libre de son piédestal. Il y est aussi question de religion. Dans cette famille catholique et italienne, la foi de sa mère et ses prières incessantes deviennent lourdes à porter pour ses frêles épaules. Surtout quand son père lui demande une certaine solidarité masculine vis-à-vis des mensonges avec sa mère. La fin d’un couple à ses yeux de jeune rital.

« Dieu avait répondu à mes questions, dissipé mes doutes, restauré ma foi ; le monde était de nouveau acceptable. Le vent était tombé, les flocons descendaient doucement comme de silencieux confettis. Grand-maman Bettina prétendait que les flocons de neige étaient les âmes du ciel qui revenaient sur terre pour une brève visite. Je savais que ce n'était pas vrai mais que c'était possible ; j'y croyais parfois quand l'envie m'en prenait.J'ai tendu la main devant moi, de nombreux flocons sont tombés dessus, étoiles qui vivaient quelques secondes, et après tout pourquoi pas ?
Peut-être l'âme de Grand-papa Giovanni, mort il y avait maintenant sept ans, ou celle de Joe Hardt, notre camarade de la troisième base, tué l'été dernier sur sa moto, et toute la famille de mon père dans les lointaines montagnes des Abruzzes, grands-tantes et grands-oncles que je n'avais jamais connus et qui avaient quitté ce monde. Et toutes les autres, ces milliards d'âmes mortes, les pauvres soldats tués au combat, les marins perdus en mer, les victimes de la peste et des tremblements de terre, les riches et les pauvres, tous ces êtres morts depuis le commencement des temps, tous condamnés sauf Jésus-Christ, le seul dans toute l'histoire de l'humanité qui soit jamais revenu, le seul et unique, mais y croyais-je vraiment ? » 

dimanche 11 juin 2017

Ostie d’criss de câlice de tabarnak

« Donc, non, Hakim n’abusait pas de moi. On se faisait des câlins, des bisous et tout, et c’était bien.
Je m’en fous si tu trouves ça dégueulasse.On regardait plein de films quand j’allais pas à l’école. Il me disait : « Tu vas me chercher une bière, P’tit-cul ? » J’y allais, et j’en sortais une autre du frigo en même temps, parce qu’il préférait la bière pas trop froide, mais pas chaude non plus. Un peu plus froide que tiède. C’était comme une science, avoir la bonne température de bière pour Hakim, et j’étais putainement bonne là-dedans. Ma mère, non. Elle s’en foutait, elle lui disait qu’il avait juste à aller se la chercher lui-même. Moi, c’était comme ma vocation. J’aurais pu passer ma vie à faire ça. « Heureusement que t’es là », qu’il me disait, et il me faisait un bisou. « T’es la femme parfaite ! »Tu sais ce que c’est, d’être la femme parfaite ? Quelqu’un t’a déjà dit que t’étais la femme parfaite ? »
Ostie d’criss de câlice de tabarnak. C’est la première impression que me vient quand j’ai commencé ce bouquin. Et quand j’ai tourné la dernière page également. C’est jouissif comme une vraie lecture québécoise, avec du parler québécois que si je n’avais pas vu tous les épisodes de la série « 19-2 » j’aurais eu besoin des sous-titres. Avec son franc-parler, et son parler franc, j’imagine même le débit de ses paroles qui glisse aussi bien sur papier. J’avais envie de lui dire, moins vite, poupée, ralentis l'débit, j’comprends pas tout. Bon faut dire que c’est une nana en crisse. Totalement en Crisse. Toujours. Tout le Temps. Et pis, c’est pas vraiment une poupée. A 13 ans, elle a encore l’âge d’y jouer, mais pas encore d’en devenir une.

Anyway… 13 ans… C’est ce qui rend cruel ce roman. Surtout rageant même. Dérangeant, aussi ? Probablement. Une mère… bon ok, ça reste une mère, mais à 13 ans, en pleine crise d’adolescence, la mère on s’en passe… Et puis il y a Hakim à la maison. Pas son père, mais c’est tout comme. Son père, sauf qu’il a la peau mate et pas les yeux bleus. Elle l’aime bien Hakim. Une certaine complicité. Presque malsaine diront les puritains. Combien de fois n’ont-ils pas regardé ensemble et en petite culotte, « Scarface ». A en connaître les dialogues par cœur. Hey p’tit cul, tu vas me chercher une bière au frigo. Joli nom, p’tit cul. Bon OK, elle a 13 ans et alors, me diras-tu ! Et, la main qui s’égare dans sa culotte en coton. Bon, je te fais l’impasse sur les détails scabreux, qui d’ailleurs ne sont pas présents, puisqu’elle n’y voit que connivence et beauté du geste. De toute façon, sa mère, elle a viré Hakim… la salope… Non, j’en dis pas plus, tu vas trouver ça dégueulasse…

jeudi 8 juin 2017

Dans le Sertao

« « Un chat s'étira, les murs se raidirent. La pression de l’air aplatit les corps contre le matelas, la maison entière s’alluma et s’éteignit, une ampoule au milieu de la vallée. Le grondement du tonnerre s’étendit jusqu’au côté opposé de la montagne. Sous la bâtisse la terre, de charge négative, reçut l’éclair positif d’un nuage vertical. Les charges invisibles se rencontrèrent chez les Malaquias.
Le cœur du couple en était à la systole, le moment où l’aorte se ferme. La voie étant contractée, la décharge ne put la traverser pour rejoindre la terre. Au passage de l’éclair, le père et la mère inspirèrent, le muscle cardiaque reçut la secousse sans pouvoir l’évacuer. La foudre chauffa le sang à des températures solaires et entreprit de brûler tout l’arbre circulatoire. Un incendie interne qui obligea le cœur, ce cheval qui galope tout seul, à terminer sa course en Donana et Adolfo.
Chez les enfants, les trois, le cœur en était à la diastole, la voie express était ouverte. Le vase dilaté ne fit pas obstacle au cours de l’électricité et le rayon passa par l’entonnoir de l’aorte. Sans affecter l’organe, tous trois ne reçurent que des brûlures infimes, imperceptibles. »

Un coup de foudre. L’éclair s’abattit sur la maison. Les deux parents brûlés vifs, les trois enfants s’en sortent presque miraculeusement indemnes. La fille sera achetée par une princesse arabe, l’ainé travaillera dans la fazenda voisine, le dernier restera à l’orphelinat, il est nain.

Caruarú hotel centenario, suite princière, vue sur les chiottes, télé couleur,
courant alternatif.
Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l'air épais du manioc
Le dernier texaco vient de fermer ses portes
Y a guère que les moustiques pour m'aimer de la sorte
Leurs baisers sanglants m'empêchent de dormir
Bien fait pour ma gueule ! J'aurais pas dû venir ...

mardi 6 juin 2017

Le goût tourbé d’un whisky de Géorgie

La chevelure blonde descend difficilement de sa bécane. Usée par la vie, l’alcool et son foie usé, elle retourne sur ses terres de Géorgie. Cette chevelure aussi blonde que légendaire n’est autre que Gregg Allman, l’un des frères des Allman Brothers Band. Il voulait faire un dernier opus avant que son foie ne l’emporte définitivement dans le bayou. Un album de reprises, éternels morceaux maintes fois pris et repris, mais une voix unique, celle du sud, un accent de moiteur et de chaleur tropicale sur des airs à la Muddy Waters ou B.B. King, s’entourant de quelques grands noms du sud et du blues, comme le fabuleux Dr John au piano.

La voix s’élève une dernière fois de la jungle sudiste, charme les crocodiles et garde en bouche le goût tourbé d’un whisky de Géorgie. Les fans les plus fanatiques des Allman Brothers Band feront peut-être la fine bouche, espérant toujours mieux du prince du blues aux cheveux d’or qu’une simple revisite du répertoire sudiste. Moi, j’ai redécouvert la nonchalance de ce sud, la mélancolie de cette terre presque tourbée. En fermant les yeux, je pousse les portes battantes de ce bar presque perdu et abandonné si une dizaine d’Harley Davidson n’était pas garée devant. J’entends d’abord ce piano signé du Docteur de la Nouvelle-Orléans et cet homme encore debout, encore blond, toujours blues, toujours rocailleux. Je commande un verre de whisky, la sueur goutte de mes aisselles, parfum moite du sud profond, et j’écoute ce vieux Gregg. Rythm’n’blues sauvage, hommage.

dimanche 4 juin 2017

Les Obsessions de Mel

L’histoire vraie et presque aberrante si elle n’était pas humaine d’un objecteur de conscience qui veut partir faire la guerre sans fusil, ni bouquet de fleur c’était avant l’ère hippie. La défaite de Pearl Harbour s’affiche sur grand écran dans ce petit cinéma de Virginie, du temps où les actualités passaient avant le film, du temps où le garçon avait les mains moites lorsqu’il les posait sur la cuisse de la fille à ses côtés, du temps où il pouvait se prendre une claque parce qu’il l’avait embrassé sans la prévenir… Virginie, la campagne profonde de l’Amérique, la foi chrétienne affirmée, un père violent et alcoolique qui a perdu ses amis lors de la grande guerre, et Desmond T Doss qui signe son engagement en bon citoyen américain. Il est patriote mais refuse de toucher une arme. Tu ne tueras point, le commandement le plus important de la loi du Seigneur.

 


vendredi 2 juin 2017

Du Speed, de la Fumée et un Lac en Feu

 

Je te l’accorde, c’est le plus connu, je n’ai donc rien à dire dessus, encore moins à écrire. Tout a été dit, écrit, pensé, joué ou mimé. Oui, moi je mime Ritchie Blackmore à la guitare. Chacun ses héros. Dis tu vois pas de la fumée au-dessus du lac ? Pff, arrête de fumer, ou fais tourner ta Chouffe. C’est les pieds dans l’eau, eau froide d’un lac de montagne, lac de Genève, que le disque s’apprécie le mieux. L’eau est fraiche, mais la chaleur monte dans les veines. Une chaleur endiablée même. La nuit bien sûr. Pour voir les étoiles sous le clair de lune. Clair bleuté, étoiles scintillantes, autoroute lactée vers le ciel, prendre l’escalier pour le septième ciel, non, je me trompe de groupe, même année pourtant. Le rythme est soutenu dès le premier titre, une longue cavalcade où je chevauche la plus belle des pouliches. A rugir de plaisir, sauvage comme un lion. Speed, complètement speed, l’intro. Du speed et du metal, yep mec, du bon vieux riff, ce jour-là, ou cette nuit-là, dans un bus, le speed metal est né. Hallelujah. Speed King, plus fort et bien meilleur que Burger King. Non mais, tu sens pas cette odeur de brûlé ? Arrête tes délires, tu as déjà vu un lac en feu… Heu oui, je crois dans les années soixante-dix… Bon OK, mais c’est parce que le gars il chauffait trop le manche de sa guitare ? Ritchie ? Non, trouduc… Frank. Le Frank de Zappa & the Mothers of Invention. Il parait qu’il a mis le feu au chapiteau. Waouh, la légende. Yep, mec.  En attendant, écoute la batterie de Ian Paice. Yep, mec, elle claque. Et le gars à la guitare il assure un max. Yep, mec, Ritchie, on revient toujours à Ritchie, sa guitare illumine ma putain de vie comme un arc-en-ciel musical. Rainbow on my fucking life. Et la basse sur Pictures of Home ! Yep, mec, Roger Glover, je l’adore ce type love is all, l’âme de Deep. De toute façon, y’a pas à négocier : Deep Purple c’est 5 garçons dans le vent, Jon Lord, Roger Glover, Ritchie Blackmore, Ian Paice et Ian Gillan. Y’a eu des gars avant, y’a eu d’autres gars après. Y’avait des titres avant, des titres après. Le label Mark II. Deep Purple ne sera jamais mort, tant qu’il en restera un, le dernier. Mais cette formation-là reste le summum, celle qui me procure le plus de frissons et d’émotions. Mais, bon, cet album est bon, y’a tous les bons titres qui feront vivre l’âme des concerts suivants : Smoke on the water, Lazy, Space Truckin’. 

mercredi 31 mai 2017

L'âme en Double

Comment se fait-il que je ne connaisse pas encore Marine Vacth. Et pourtant qu'elle est sublime. Un regard qui m'hypnotise et qui m’intrigue aussi. Recherche effectuée, elle m'était déjà apparue sous les traits d' une « Jeune et Jolie », le précédent film de François Ozon. Elle est toujours jeune, encore plus jolie, et je suis prêt à la suivre, dans n'importe quelle salle obscure, lumière tamisée, mains entre ses cuisses, un doigt pénétrant, une musique angoissante, thriller érotique. Même perturbée.


Chloé, voit un psychiatre. Des maux de ventre qui la tiraille depuis sa tendre enfance. Elle s’assoit. Lui, aussi s'assoit en face. Paul se gratte la barbe, sourit, l'écoute. En silence. Un homme qui garde le silence face à une belle femme. Il a un beau rôle, Jérémie Renier, même si il a une doublure – les scènes de sexe probablement, parce que côté cascade il n'y a rien de dangereux qui ne se passe en dehors d'un lit ou d'un canapé.


Je suis fan du réalisateur depuis des années, depuis « sous le sable » en fait. Ensuite, après, je les ai presque tous suivis. Des histoires de potiche dans la maison ou d'une jeune et jolie dans la piscine ou des tables de multiplication dans un refuge... Bref, ces films font parties de moi, en mode comédie chantante ou en mode thriller psychologique drame humain. Vincent, François, Paul et les autres... une histoire de longue date.

lundi 29 mai 2017

D’âme à âme

Écouter le silence, mettre des notes entre ce silence et se laisser emporter par le flot de la marée, celle qui chavire l’âme, celle qui dérive le cœur vers le lointain.

« Qu'est-ce que la musique ? N'est-elle pas une communication d'âme à âme ? »

H-J. n’a pas sept ans lorsqu’elle débarque en France, de sa lointaine Corée natale. Les croyances lui ont révélée un immense destin hors de ses frontières, ses parents acceptèrent donc cette séparation, ce déchirement. Elle ne parle pas un mot de français, ne doit pas encore maitriser totalement le coréen, pourtant, déjà, elle est à l’aise sur un tabouret face à un piano. Peut-on parler de don ? Probablement. Une bénédiction bienveillante des Dieux et de ses ancêtres pour illuminer sa vie de silence, de Chopin et de Beethoven. De son innocence, et d’un esprit pas formaté par le carcan scolaire, elle deviendra virtuose, grande pianiste qui aura tout à prouver au-delà de sa fougue et de sa jeunesse.

Je la suis, solitaire par obligations, déterminée par racines. A Compiègne. A Rennes. A Paris pour le conservatoire. A Bruxelles. En Suisse. Elle est européenne, car les pianistes sont tous européens. Ravel, Liszt, Mozart, Rachmaninov. Ah Rachmaninov, et la passion romantique qui émerveille les yeux d’une jeune fille. Je l’écoute à travers ses mots.

jeudi 25 mai 2017

Le Silence des Loups

Souvent j’associe intérieurement musique et littérature. Non pas que j’ai besoin de musique pour lire, cela dépend juste du moment, et surtout du lieu. La musique me sert pour m’isoler du reste du monde, afin de pénétrer au mieux dans le livre. Pénétrer quel beau mot, surtout quand le roman est écrit par une femme que je trouve des plus magnifiques. Mais la beauté ne fait pas tout parce qu’en plus, elle sait m’émouvoir avec ses silences et ses notes de musique, un piano aux accents du sud, Aix-en-Provence, la Camargue, le Vercors, les loups. Le roman me faisait un poil peur, poil de loup, poil de bison, une touffe d’émotion. Je n’imaginais pas que la femme pouvait être parfaite, m’émouvoir autant par sa crinière brune et par son interprétation de Beethoven que par la mise en scène de sa biographie, mélangeant souvenirs d’enfance, références musicales et passions animales. Les passions bestiales, ça me cause… Une passion physique, même.

« J’avais le sentiment physique d’être englobée par la musique. »

Choisir un disque. Commencer par Rachmaninov, son premier disque. Contre l’avis de tous, bien entendu. La jeune demoiselle n’en faisait qu’à sa tête. Forte de caractère, sanguine et fougueuse même. La tête dans le mur, mais elle avance toujours, souvent à contre-courant, contre les conseils de ses maitres. Une sacrée personnalité, sûre de ses choix comme quand elle part en Russie faire un concours qui n’est pas encore de son niveau. La Russie, l’autre passion d’Hélène. Bien sûr, il doit y avoir des loups en Sibérie, mais c’est surtout la patrie de Rachmaninov et de Dostoïevski. Parce qu’en plus, elle est cultivée, la petite. Tu permets que je l’appelle la petite, après tout, elle n’est née qu’en 69 – année … - cela dépoussière les vieux croutons d’antan. Parce qu’avant elle, j’avais l’impression que la musique classique était faite pour les vieux. Putain ! Cela veut dire que moi aussi maintenant je suis un vieux – vieux crouton, vieux con, peu importe l’appellation maintenant que j’écoute du classique entre deux vieux disques de vieux de Deep Purple. Et là je me rends compte que mon premier disque classique était un concerto de Deep Purple, ça ne me rajeunit pas… Mais là, je m’égare, revenons à Liszt ou plutôt à Brahms…

mardi 23 mai 2017

Typhon N°24

Je connais le réalisateur depuis des années. Depuis une certaine histoire d’enfants livrés à eux-mêmes. C’était en 2003, c’était « Nobody Knows ». Je m’en souviens encore. A la fois terrifiant et émouvant. Drame à l’état pur, tristesse brut d’un monde sans enchantement. Je l’ai suivi ensuite avec « Still Walking », « I Wish » [les titres traduits du japonais en anglais pour une sortie en France, rrrr] et plus récemment « Tel Père, Tel Fils », « Notre Petite Sœur ». Tous ses films sont d’une simplicité extrême. Des tranches de vie, presque banales, et pourtant ô combien intéressantes, ô combien émouvantes, ô combien sinistrées.

Une tempête se prépare. Au typhon N°23 se succèdera le typhon N°24, une année à typhons. Ryota – Hiroshibe Abe -, divorcé et écrivain raté, a l’âme du loser. Il ne voit son fils qu’une fois par mois, s’il arrive à payer la pension alimentaire à son ex… Son ex qui semble voir quelqu’un d’autre, un autre pauvre type apparemment. Il a la passion du jeu, probablement un héritage de son défunt père, et toute sa paye – et même plus – de pseudo détective privé de séance zone spécialiste dans les chantages et les affaires conjugales passe dans le pachinko ou les courses de chevaux, de vélo…

dimanche 21 mai 2017

La Revenante

Je suis un novice dans le cinéma de Desplechin. N'ayant pas vu ses précédents faits, j'ai du mal à juger ce dernier. Par contre, je suis fan de Mathieu Amalric. Partout où il va, je vais ; ou j'essaie, c'est qu'il tourne beaucoup. Et je suis également un grand appréciateur de Charlotte Gainsbourg, au cinéma ; elle est un produit rare, d'une rare émotion. Marion Cotillard complète ce duo. Parité oblige, je mentionnerai aussi la belle prestation de Louis Garrel, un type que j'aime également beaucoup. Donc, tu l'auras compris, je suis rentré dans cette salle noire et obscure, pour les acteurs, sans popcorn, sans fioriture ou extra-ball. Je veux de l'émotion, brute de préférence, je veux des vagues qui se déchirent sur la côte, des cris de douleur. Je veux de la folie intérieure qui bouscule.

Alors ai-je trouvé mon compte dans l'univers d'Arnaud Desplechin ? La lumière s'est faite, la salle s'illumine, jour de semaine, milieu de journée, donc pas grand monde, et pas facile de lire sur les visages ; comme il me paraît difficile de lire sur le scénario du film. Je ne suis pas ébahi, mais au final j'ai aimé. Je garde donc une certaine réserve, comme s'il m'avait manqué un petit quelque chose. De l'émotion, j'en ai eu, Charlotte est toujours au top, Mathieu j'adore toujours autant. Il amène de la folie, elle apporte de sa mélancolie et de sa tristesse, le spleen à l'état pur. Marion arrive sur cette plage déserte, elle a disparu depuis plus de vingt ans dans la vie de Mathieu. Pourquoi est-elle partie ? Je ne sais pas... Première interrogation. Pourquoi est-elle revenue ? Je ne sais pas, non plus. Second mystère... Dont je n'aurai pas les réponses. Mathieu a énormément souffert de cette disparition subite, sans un au-revoir, sans explication. J'envisage aisément que ce n'a pas dû être simple de reconstruire sa vie... Pourtant il y a deux ans, un regard, une Charlotte. La timidité, la peur, le renouveau... Le monde est de nouveau heureux, la tête dans les étoiles, le cœur sous la lune... Marion, sur cette plage de sable fin, coquillages et crustacés, s'tape la causette avec Charlotte. Elle veut récupérer son homme...

jeudi 18 mai 2017

Black is the New Black

Un homme, seul dans la rue. Banlieue chic, au téléphone portable avec son amie, blanche. Il est noir et cherche une rue. Jusqu’à ce qu’il se retrouve dans le coffre de la voiture.

Quelques années après, j’oublie presque cette histoire. Chris et sa petite amie Rose file un parfait amour, comme on dit. C’est le grand week-end où ils décident de rendre visite aux parents de Rose. Présentation de rigueur avant d’aller plus loin, Rose a-t-elle prévenu que Chris était noir ? Pff, une formalité. D’ailleurs, le père de Rose aurait bien voté une troisième fois pour Obama, c’est dire la sympathie qu’il porte au fond de lui pour les noirs. Oui, Chris est black, Rose est blanche, de famille bourgeoise. Un joli petit week-end en perspective pour apprendre à se connaitre, en famille. En plus, c’est jour de fête, jour de grande réunion familiale où sont invités dans le « cottage » bourgeois tous les gens biens du village. La haute société, en somme, WASP only.

Par moments, ce n’est pas la peine de sortir les grands moyens pour faire un grand film, et frémir de plaisir et d’horreur. Même pas besoin d’effets spéciaux outranciers, un petit budget qui se veut efficace. Non, juste une ambiance. Une putain d’ambiance à frémir. Un film d’atmosphère, malsaine l’atmosphère. Le noir est à la mode, dans cette communauté blanche. Alors on les aime, on leur tend la main, belle poigne d’ailleurs, c’est que le noir est costaud, des capacités physiques qui dépassent la norme, c’est-à-dire celle des blancs. Et je pense même que les noirs sont mieux montés que les blancs – enfin ce sont des ouïes-dires, peut-être juste une rumeur portée par quelques nègres cherchant appâter cette vieille cougar blanche… Bon ok, pas de racisme ici, le noir doit forcément être un meilleur coup sexuellement parlant, et niveau domesticité, il doit être plus facile à éduquer. Malaise… Perversion…

lundi 15 mai 2017

Thanksgiving sous la Neige, Miles et Dieu

Heureux qui n’a pas vécu un Thanksgiving entre amis fidèles depuis au moins trente ans. Se goinfrer et s’empiffrer comme des porcs, boire et se saouler comme des cochons. Le soleil se lève et les préparatifs démarrent déjà pour cette soirée illuminée de retrouvailles et discussions animés. Ce n’est pas encore la porcherie à laquelle je me prépare, jean délavé et chemises à carreaux, rêve d’être bûcheron, que l’on sort une fois dans l’année au sein de la civilisation.

Je ne te fais pas la présentation de tous les invités, de douze à table, voir treize si on compte le marmot qui tête le sein de sa mère, sein bavant d’un lait maternel sucré au sirop d’érable. Sean, Patrizia, des hommes, des femmes, des couples, des divorcés et au milieu de tout ce beau monde, il y a moi l’insignifiant et Dieu le maître d’orchestre.

Mais avant, je te propose une petite musique pour accompagner…

« Je nous mets quoi ? Miles ?
- Parfait. »

Première séquence : la préparation du repas où comment bien fourré une grosse dinde. Non, je ne parle pas de Patrizia toujours aussi callipyge avec son âge et des hanches à prendre encore d’envie, de désir, de plaisir. L’animal, la bête, d’abord l’épiler, puis lui mettre un doigt dans le cul. Non carrément la main pour la fourrer. La mettre au four. Plusieurs heures, de nombreuses heures. Pendant ce temps-là se souvenir du passé, des rencontres, des autres. Autre point crucial d’un repas de fête, la préparation du punch. Avec une triple dose. J’ai envie que les gens soient bourrés, alors je ne lésine pas sur les bouteilles de rhum et de cognac. Il n’y a qu’avec un coup dans l’aile – en revenir toujours à la dinde – que les langues se délient et que les gens apparaissent comme ils sont sans inhibition ni appréhension. Le secret d’une fête réussie : le pourcentage d’alcool dans un verre de punch, sachant que moi, je vais m’enfiler une bonne bouteille de single malt, importation directe.

jeudi 11 mai 2017

L'âme du Tocard

Alors que je gare mon pick-up devant le saloon, le soleil se lève – ou se couche, je perds la notion de l’heure, du temps, du pas de danse entre le soleil et la lune, des bruits de machines à sous sonnent, des néons illuminent le désert du Nevada, Reno capitale du jeu et du divorce, je m’apprête donc à descendre de caisse quand je vois cette nana ! Putain, quelle nana. Une nana qui a du chien.   

Quel cul, j’ai envie de dire. Éblouissante en plus avec son sourire. Elle sort d’une relation douloureuse avec son ex. Un divorce, normal pour la ville de Reno. Alors je la regarde descendre les marches du palais de justice. Quel chien, elle a, j'me répète. Dans son postérieur, dans son allure. Un coup d’œil et j’en tombe amoureux à faire frémir ma moustache à la Clarke Gable. Hey poupée, tu montes ? une bière entre quatre yeux, ça te tente. Et après j’te montre ma selle, y’a de quoi se prendre pour un cow-boy.

« Perce Howland est assis sur sa selle, le dos contre la cabine de verre piquée au bord de la route. Il a le menton dans les mains, les yeux fixés au sol. Voyant la voiture reculer, il l’observe d’un œil endormi. C’est un de ces cavaliers qui s’exhibent dans les rodéos – c’est-à-dire, à l’approche de la trentaine, une sorte de vagabond, dormant neuf fois sur dix sans même se déshabiller, riche puis fauché au cours du même après-midi, connu de tous les petits hôtels du pays dont il s’est fait expulser un mois plus tôt pour grivèlerie. Il ne montre pas encore l’oreille en chou-fleur, les dents de devant ébréchées ni l’œil hébété propres à l’espèce, mais sa figure a déjà été recousue et ses os cassés plusieurs fois. »


dimanche 7 mai 2017

La Main de Dieu

Violeta est une comédienne en ex-devenir, refoulée des castings auxquelles on veut bien l’inviter, par pitié ou par dépit. Une vie pas folichonne, vendeuse le jour, et les rencontres théâtrales le soir ne sont guère plus engageantes, surtout avec la troupe d’amateurs avec qui elles trainent ses phrases et ses textes. D’ailleurs le roman s’en ressent, je pressens l’ennui et la vie de Violetta m’indiffère un peu. Sauf que… Oui, parce que dans tout roman il y a un sauf, comme dans une putain de vie. C’était avant cet accident banal de la vie. La main blessée, mais ce n’est rien à côté de son âme, déchet. Elle ira voir un médecin quand les Urgences seront moins remplis – de toute façon le casting d’Urgences en version argentine est déjà bouclé – ou quand elle aura le temps ou l’argent.

Je suis en Argentine, là-bas tout en bas, près d’Ushuaia, j’aime bien les rimes en ah, comme la pina colada qui ne se boit pas dans la pampa. Je me sers un diplomatico, dans mon rhum pas de coco, les rimes en oh j'aime aussi comme tes noix de coco. Donc imagine, et regarde cette mer déchainée d’un bleu et d’un noir qui se fracasse contre les côtes et le vent. Ce bleu, ce noir, c’est exactement la couleur de la main de Violeta. Silence, on tourne. Moteur, action. Coupez ! Oui, j’ai dit coupez. La main de Violeta. Une greffe de la main et Violetta entame une nouvelle vie, une seconde carrière.

« En relisant mes vieilles notes et en me rappelant les répétitions, je me suis sentie aussi inutile qu’une mandarine au soleil. »

jeudi 4 mai 2017

Le Bouc Émissaire

Dis, papa, c'est quoi cette bouteille de lait ?

- Le raciste est celui qui pense que tout ce qui est trop différent de lui le menace dans sa tranquillité.
- C'est le raciste qui se sent menacé ?
- Oui, car il a peur de celui qui ne lui ressemble pas. Le raciste est quelqu'un qui souffre d'un complexe d'infériorité ou de supériorité. Cela revient au même puisque son comportement, dans un cas comme dans l'autre, sera du mépris.
- Il a peur ?
- L'être humain a besoin d'être rassuré. Il n'aime pas trop ce qui risque de le déranger dans ses certitudes. Il a tendance à se méfier de ce qui est nouveau. Souvent, on a peur de ce qu'on ne connaît pas.

Alors… Bon, le raciste a toujours existé. Depuis l’homme des cavernes jusque dans les urnes électorales du mois de mai. Est-ce une raison pour l’ignorer ? D’ailleurs faut-il l’ignorer ou l’éduquer. Je reconnais que dans notre société moderne, il est plus facile d’engendrer la haine que de propager l’amour. Et puis de tout temps, l’homme a besoin d’un bouc émissaire. Le fameux bouc, cet étranger que l’on ne connait pas et qui arrange tant notre société. Clamer que tous nos maux viennent de l’autre, cet homme que l’on ne connait pas, que l’on ne veut surtout pas connaître sous peine de se sentir obligé de se regarder face au miroir de la vie.

Sous forme de dialogues entre un père et sa fille, Tahar Ben Jelloun définit le racisme. Elle pose des questions, il répond, avec des mots francs, sincères et surtout simples. Il a su se mettre au niveau d’une collégienne. Il enchaîne les définitions, les faits, il y parle histoire, sociologie, comportement. Il explique, juge un peu, tente de comprendre. Mais surtout, il essaye d’annihiler la peur naturelle que l’on peut avoir envers l’autre, le mécréant, l’autre l’arabe, l’autre, la personne d’une autre couleur – et la réciprocité des couleurs se fait dans les deux sens. Il ne fustige pas, il explique. Il explique le racisme à sa fille.

mardi 2 mai 2017

Dylan ou Morrison

« - Tu veux écouter de la musique ? a dit Jenny en entrant dans le salon. Je lui ai dit que oui, elle a mis l’appareil en marche à la cuisine. J’ai écarté la tentation d’écouter Dylan et j’ai mis Astral Weeks de Van Morrison, et quand Jenny est revenue, avec une bouteille de vin et deux verres, nous nous sommes assis l’un en face de l’autre et avons laissé le disque tourner, tout en conversant avec une fluidité favorisée par l’alcool et la voix rugueuse de Van Morrison. » 

Je débouche la bouteille de vin, un petit rouge sans prétention, vin de la Drôme. Sans cérémonial, je verse deux grands verres à pied, regarde sa robe, hume son parfum comme je le ferai pour elle. Une bougie pour l’ambiance, pour ne pas boire dans le noir. Pas trop de lumière, pour ne pas mépriser mon regard, mais pas l’obscurité complète non plus, pour ne pas rajouter l’aspect glauque à la scène. Assis sur un coussin à même le sol, je n’ai pas de Dylan, mais glisse dans la fente du lecteur, la voix de Van Morrison et son Astral Weeks.


dimanche 30 avril 2017

L’Art de L’Affinage

Après la vieille qui murmurait à l’oreille des haricots azukis dans « les Délices de Tokyo », je te propose de poursuivre le parcours culinaire de l’auteur japonais, avec le vieux qui murmurait à l’oreille de ses fromages de chèvres. Prévois un verre de vin rouge ou une Triple Karmeliet à défaut d’un verre de shôchû. Le fromage a toujours son pendant, le verre. 

Un roman basé sur l’art de fabriquer du fromage de chèvres. Le lait, qu’il faut traire, les chèvres sauvages sur une île ô combien mystérieuse, puis l’affinage sur le bord de la fenêtre au vent, à la chaleur, à l’humidité. Mais ils font comment les français ? pour obtenir du fromage si bon, si fondant, si piquant. De la moisissure en plus ? Et pourquoi pas de la paille ou de la cendre… Ce roman est un hommage au fromage de chèvre tel que l’on en fait encore – un peu – artisanalement – et que l’on peut acheter – et exclusivement - directement aux producteurs sur les marchés de Dordogne. Le Japon nous envie notre fromage, ou du moins les règles de l’art ! L’art de l’affinage. Alors de là à se faire seppuku…

« Le soleil descendait déjà dans le ciel. La mer et le vent se fondaient dans une lumière dorée.
Ryôsuke continua à courir. Il s'arrêta à l'entrée du premier virage, où il s'assit sur une pierre. Le souffle court, il contempla le paysage étincelant sous ses yeux.La mer des îles du sud était flamboyante. Chaque vague rutilait.Derrière le flot de lumière apparaissaient des images de son enfance.
Lui seul dans une pièce baignée par les rayons du soleil couchant, le regard rivé sur le portrait funéraire de son père. Lui qui trouait, à coups de crayon à papier, l'entrée du mot « suicide » dans le dictionnaire. Lui qui détournait instinctivement les yeux de ses camarades en train de rire à gorge déployée. Ces souvenirs remontaient les uns après les autres, s'agglutinaient en une masse qui dévorait le ciel. Il se prit le front entre les mains, écrasé par le passé qui lui revenait. »


mardi 25 avril 2017

Haïkus d'ivrognes

« Hommage au poète de haïku japonais Issa

Au Japon saoul dans un
Bar
Ça
Va »

Les néons s’illuminent de toute part, Tokyo s'ouvre à moi. Où mon regard se porte, il voit clignoter des lumières de toutes les couleurs, je lève la tête, à gauche, à droite, elles sont partout, rouges, vertes, violettes, toutes aguicheuses pour me faire rentrer dans tous ces bars de solitaires. Seul au comptoir, je m’installe, commande un premier Johnnie Walker Black Label, sort mon petit « Journal Japonais », grand livre du maître incontesté du haïku version américaine. Je ne résiste pas à lire celui-ci, à voix haute, le verre haut, les glaçons qui tintent comme la cloche du temple d’à-côté, ce haïku parfumé à la fraise : 

« Haïku à la fraise

. . . . .
. . . . . . .
Les douze baies rouges »



La claque que je prends à chaque fois que je le lis. Le génie qu’il était cet homme du Montana venu se perdre – ou se trouver – au Japon. Il boit un verre, lui aussi, seul dans ce bar. Je l’accompagne. Fidèlement. Sur ses traces. Il griffonne sur son carnet, le verre toujours à la main, son journal intime, ses inspirations divines. Je n’ose le déranger, seul sur son tabouret, le teint jauni par cette lumière artificielle. De toute façon, l’on s’enferme dans ces bars pour leur solitude, et la solitude d’un poète cela se respecte. Comme la solitude d’un ivrogne.

samedi 22 avril 2017

Fragrances

Je me souviens d’une pièce vue il y a deux ans qui m’avait fortement marqué. Elle était écrite par Philippe Besson, donc forcément cela me marque. « Un Tango Au Bord De La Mer ». Je l’avais découvert presque par hasard sur une chronique 22H05 Rue des Dames. Depuis, avant de prendre un billet de théâtre, je regarde toujours, l’avis éclairé de Noctenbule, grande spécialiste du théâtre en tout genre et plus particulièrement contemporain. Au théâtre ce soir se joue « Darius ».

Bon, pour le dire franchement, je ne suis pas un grand admirateur de Clémentine Célarié. Je n’ai rien contre, mais ses (télé)films ne rentrent que rarement dans mes goûts de spectateur. Mais je décide d’y aller quand même. Avec même un certain entrain, sans appréhension aucune. Après tout, j’ai toute confiance en ce choix.

Le fils de Claire est le fil conducteur de la pièce. Il n’apparait pas, mais il est là, dans le texte, dans les souvenirs, dans les larmes – j’y reviendrai aux larmes. Il est atteint d’une maladie dégénérative qui petit à petit le prive de tous ses sens. Il ne lui reste encore plus que l’odorat… Claire – Clémentine Célarié, donc – envoie une lettre à Paul – Pierre Cassignard que je ne connaissais pas - un parfumeur qui s’est retiré du milieu. Elle veut qu’il lui crée les parfums du souvenir de son fils. Parce qu’avec l’odorat, la mémoire est la seule chose qui reste à son fils. Un défi pour celui qui a arrêté de créer depuis la mort de sa femme. Juste par l’odeur, elle espère que son fils se souviendra des beaux moments qu’il a vécus avant que la lumière ne s’éteigne sur sa vie.

Mais comment capter certaines odeurs du souvenir. Comment composer des parfums aves les fragrances « Rochefort sous la pluie », « Métro parisien » - là j’ai une idée sur l’odeur ressentie -, « Rome » ou « Chiara » - la prostituée hollandaise que Claire a rencontré pour qu’elle s’occupe de son fils déjà handicapé…

mercredi 19 avril 2017

Une Histoire de Cœur

Le soleil n’est pas encore levé lorsque le réveil de Simon affiche ses chiffres vert luminescents 5:50. Il a tout juste 19 ans et ne vit que pour sa passion, le surf. Un van avec des autocollants de filles en bikini, deux potes même passion, un disque de Nirvana dans l’autoradio, oublier les fumées du pétard de la veille, prendre la vague même avec une eau ne dépassant pas les 10°. Le froid, l’engourdissement des doigts, il est temps de rentrer se coucher de nouveau. Remonter dans le van, les yeux encore dans le rêve, le sommeil dans la tête, et Simon à l’avant entre ses deux potes. La place sans ceinture. Simon passe par le pare-brise, urgences et coma irréversible.

Simon est vivant, son cœur bat encore. Comment le déclarer mort ? Comment admettre l’impensable, l’imaginable pour un parent, voir son fils mort… Mais puisque son cœur bat encore !! Je vois bien les impulsions sinusoïdales sur l’écran de contrôle… Admettre la situation et penser à la suite.

La suite c’est faire le deuil d’un fils disparu. Mais avant…

« Enterrer les morts et réparer les vivants. »

mardi 18 avril 2017

El Hombre llamado Paco

Retour sur le dernier scandale politique de l'Espagne contemporaine. Le chef de la toute puissante Garde Civile, Luis Roldán, serait suspecté d'avoir détourné quelques millions d'euros. (et le plus étonnant, c'est qu'il risque d'être inquiété par la justice, c'est pas dans notre pays que ça arriverait, mais bref, passons, ce n'est pas le sujet du film). Ce film retrace comment ce dernier s'enfuit d'Espagne, avant d'être rattrapé mystérieusement dans un aéroport de Bangkok... Mais par le biais du personnage énigmatique Francisco Paesa dit « Paco ».

Étrange individu, ce Paco. Dans le genre ex-espion, magouilleur, fraudeur, vendeur d'armes. Il traficote avec l'ETA, avec le GAL, avec tout ce qui peut lui rapporter quelques pesetas non déclarées. Second film d'Alberto Rodriguez, après l'excellent thriller andalou « La Isla Minima » que je regarde, cet « homme aux mille visages » mélange les genres, le biopic sur fond de thriller et de malversations financières. Les scènes s’enchaînent, rythmes effrénés qui défilent sur l'écran. Trop rapide même, si bien que le début me parut compliqué. Une masse d'informations dans laquelle il fut difficile de savoir laquelle serait vraiment pertinente, laquelle devrait retenir mon attention... La musique pêchue accentue cette course en avant, la tête me tourne, le GAL, l'ETA, des armes, et ce type PACO. Qui est-il vraiment ?

lundi 17 avril 2017

Ce village paisible de My Lai, un massacre

Il devait l'emporter. C'était couru d'avance. Tous les sondages le donnaient grand gagnant des prochaines élections sénatoriales. Une formalité même que de passer devant les urnes. Des années qu'il s'était consacré à cet avenir, la politique était devenu sa raison de vivre. Son obsession, même. C'était pourtant sans compter sur l'acharnement médiatique qu'il subit une semaine avant les élections.

La nuit est arrivée, les votes ont été dépouillés. Pas besoin de recompter. Une grosse claque. Une humiliation même. Prendre en compte ce cuisant échec : il n'a plus qu'à se retirer. De la vie politique. De la vie même. Mais comment en est-il arrivé là. A ce point. Aussi bas. Aussi méprisant. Et sa femme qui s'efface deux jours après. Étrange disparition. Dispute ? Fuite ? Pire...

Les médias s'emballent, la vérité devait sortir. Mais de quoi était-il question ? Emplois fictifs, costumes fictifs, j'ai piqué un peu dans la caisse, des emprunts sans intérêt juste pour le fun de prêter de l'argent ? Non, il faut regarder derrière soi, déterrer quelques cadavres et soulever les immondices du Vietnam. Lui, celui qu'on appelait Sorcier... Et regarder les mouches.

« Quelque chose clochait. La lumière du soleil ou l'air matinal. Tout autour de lui, c'était un feu de mitrailleuse, un vent de mitraille, et ce vent semblait le soulever et le jeter de place en place. Il trouva une jeune femme éventrée, sans poitrine ni poumons. Il trouva du bétail mort. Il y avait des feux aussi. Les arbres brûlaient, et les huttes et les nuages. Sorcier ne savait pas où tirer. Il ne savait pas sur quoi tirer. Alors il tira sur les arbres en flammes et les huttes en flammes. Il tira sur les haies. Il tira sur la fumée, qui répondit, et il se réfugia derrière un tas de pierres. Si une chose bougeait, il tirait dessus. Si une chose ne bougeait pas, il tirait dessus. Il n'y avait pas d'ennemi sur qui tirer, rien en vue, alors il tirait sans cible et sans désir, sinon celui de faire passer cette matinée horrible. »


jeudi 13 avril 2017

Trouble de la Personnalité

Philadelphie. Un parking, sortie d’un dinner, anniversaire…
Trois adolescentes jacassent dans la voiture. Elles rient, s’occupent de leurs smartphones, plus que de ce qui se passent de l’autre côté de la vitre arrière.
Un homme rentre par la porte du conducteur, démarre, gaze les filles.
Flash-info : trois filles kidnappées.

Un film qui démarre fort. Les trois filles se retrouvent séquestrées dans un bâtiment si austère qu’il en parait abandonné, à part Kevin. A moins que ce soit Barry ou Dennis ou Hedwig ou Patricia… Kevin semble avoir donc un léger trouble de la personnalité, avec pas moins de 23 identités différentes qui prennent le dessus à tout moment. Un acteur, 23 rôles, James McAvoy que je découvre, n’étant pas un adepte des X-Men.
Grandiose, il fait peur avec son crâne rasé, ses changements multiples de voix, de sourire, de regard… Un nouveau regard sur la schizophrénie, effrayant…

mardi 11 avril 2017

Jaï Alaï

«…dans la vie, il n’existait pas de marche arrière. »

Par où commencer une chronique quand un roman bouleverse les pages de ta vie. Je découvre Jean-Paul Dubois avec ce livre sur « la succession », le deuil, la vie et l’amour impossible. Petit aparté d’entrée de jeu avant d’oublier, sur un sujet à peu près similaire, mon grand coup de cœur de l’année précédente était signé Philippe Claudel, « l’arbre du pays Toraja », roman qui n’a pas eu le droit à sa chronique ne trouvant les mots pour exprimer mon bouleversement. Comme souvent quand on bouleverse ma vie. Un roman donc qui a eu le droit à mes silences et dont je lui rends un peu hommage ici. Mais revenons au Pays Basque…

Par où ?
La Floride, bien sûr, Miami. Du soleil, des boites de nude girls, et le paradis des strings, bien sûr. Non oublie toutes es émotions, tu n'es pas dans un roman de Tom Wolfe qui a tant su me vanter les charmes de Miami et ses atouts proéminents. Florida, orange sanguine et sex on the beach… Je me dois donc de délaisser la plage, ses marais de crocodiles et ses danseuses latinas pour me concentrer sur cette corbeille en osier, fabrication directe et exclusive du Pays Basque par l’entreprise familiale ô combien réputée Gonzalez, que les aficionados nomment en bon basque chistera, ces trois murs qui se dressent devant moi, une foule hurlante, les paris sont fous, parier sur moi, le pauvre type, le jeune médecin un peu fou qui a plaqué la médecine de papa pour vivre de sa passion, la pelote basque.      

dimanche 9 avril 2017

Marathon Boy

« Que la fraicheur de la rosée apaise votre âme, messieurs ! »
 
Commencer à courir. Pieds nus. Avoir du mal à respirer. Sentir une brûlure dans la gorge. S’arrêter. Souffler, essoufflé. Sentir ses cuisses brûler, cramer. Aussi dures que de la pierre. Ce n’est que l’apprentissage, petit, de la course à pied. Il ne mettra pas longtemps à rattraper son grand frère. Il faisait l'éloge de la lenteur et de la paresse, il découvrit que courir lui procurait de nouvelles sensations. A sentir le sol, cette terre, celle de ses ancêtres, de son peuple, de sa vie, foulée par ses pieds, il fuit, s'enfuit, pour échapper aux représailles de l'envahisseur nippon. Le Japon a annexé la Corée. Le Japon contrôle la Corée. Le Japon maltraite la Corée. De son plus jeune âge, il voit ce virulent opposant qui règne en maître sur son territoire, sur celui de ses parents. Il est l'esclave des japonais.

Depuis, il ne cessera de courir. D'abord pour aller chercher chez le voisin chinois des melons pour les vendre ensuite aux japonais, avant de s'asseoir à la table de son école, les yeux fatigués par cette folle chevauchée matinale – il faut dire qu'étudier le japonais n'est pas dans ses priorités. Il s'entraînera, encore et encore. Jusqu'aux jeux olympiques de Berlin de 1936, organisés par l'ami Hitler. Le Japon voudra faire de ses jeux une fierté nationale, quitte à enrôler des non-japonais dans l'équipe nationale. 

Et Kee-chung remportera la première médaille d'or de la Corée au marathon... sous un nom d'emprunt japonais, sous la bannière japonaise... Sur le podium, le regard se mêle de honte et de haine.

vendredi 7 avril 2017

L'Accordeur de Bergen

« Le grondement d’une corne de brume rependait à l’infini sa musique désolée de violoncelle. »

Si l’histoire commence à Fès, dans la Medina, je la retrouve à Bergen, cette jeune fille frêle et fragile, tout au Nord de l’Europe, au Nord de la vie, du froid et des ancêtres viking qui boivent leur cervoise dans des crânes humains. Il pleut, comme tous les jours. La nuit tombe vite mais des étoiles scintillent encore dans le ciel. Probablement l’âme des ancêtres qui veillent sur les corps encore vivants. Mais j’apprends vite qu’elle n’est plus vraiment vivante. Un passé lourd, des coups et une fuite. Bergen, comme une échappatoire avec vue sur la mer, mais pas la Méditerranée.

« Qui n’a pas vu la pluie tomber à Bergen ne sait rien de la pluie. Chaque jour il pleut. Ici, lever les yeux vers le ciel n’est pas un signe d’espoir mais de résignation. Une pluie qui ne mouille pas, prétendent les Bergenois pour faire bonne figure devant une étrangère. C’est vrai qu’elle ne mouille pas, à condition de lui échapper, de pousser la porte d’un de ces pubs où la bière pression et les jeux de fléchettes s’y entendent pour égayer les nuits précoces de la cité hanséatique. »

Je pousse une porte, un pub bruyant, des hommes bourrus qui chantent, lancent des fléchettes et cognent des choppes en métal. « Krol » ! En tous sens. Cela « krol » de partout – et j’ai oublié de mettre une sk[r]oll au frais. La langue y est inconnue, mais belle. Au Maroc aussi, elle m’était inconnue mais me paraissait moins belle, plus écorchée. Elle, je la sens justement écorchée, comme une abandonnée de la vie, malgré ses vingt-trois hivers. Comme quoi, certaines blessures physiques atteignent au plus profond de l’âme.

mercredi 5 avril 2017

Le come-back du coussin péteur

Ines, la quarantaine et brillante associée dans une société allemande installée à Bucarest, a mis sa vie de côté pour s'investir totalement dans son travail. Une réussite sociale qui semble l'épanouir pleinement jusqu'au jour où son père, quelque peu fantasque et farceur, débarque chez elle et vient foutre en l'air sa vie trop bien rangée.

Winfried, adepte des coussins péteurs et dents de Dracula, joue de son excentricité à fond, comme une marque de singularisation dans une société bien trop sérieuse à son goût. Mais avant tout, il est père et sent que sa fille, malgré les apparences affichées, ne va pas si bien que ce qu'elle prétend. Ils se sont perdus de vue, leurs vies se sont éloignées l'une de l'autre sans vraiment comprendre pourquoi et comment.

Le film se veut émouvant et drôle. Il joue sur les deux registres, mais je sens des réticences. Les coussins péteurs ne me font plus rien depuis quelques années, éjaculer sur un cupcake avant de le manger ne m'est jamais venu (du moins, pas encore) à l'esprit. Le film doit avoir ses fans, critiques et spectateurs. Moi, je suis resté dubitatif. Pas vraiment excité par une réalisation peut-être trop plate, trop lente. Pourtant, le fond du film peut faire réagir. Son principal atout. Jusqu'où s'investir dans son taf. Et pour quelles conséquences. Les relations entre les générations ne sont pas aisées à garder au beau fixe jusqu'au bout, et lorsque le courant s'éloigne, irrémédiablement, il est bien difficile de contre-carrer cette dérive, presque involontaire, qui éloigne les êtres, même issus de même sang. Tu vois la barque s'éloigner dans la brume de la vie, mais les amarres larguées, tu ne sais plus comment te rapprocher à nouveau de la rive...

vendredi 31 mars 2017

Une Femme Déchue

 Dès les premières lignes, je me retrouve plonger dans l’atmosphère du Japon. Le papier jauni, le papier épais, la police de caractère d’un autre temps, je dois être dans une vieille édition qui sent bon les gouttes de sueur déposées par des doigts affairés à tourner les pages. L’histoire se déroule après-guerre, dans la campagne japonaise, loin des grandes villes Tokyo et Osaka. Et lire ce livre mystère en aveugle, sans se laisser guider par une couverture, par le nom d'un auteur. Juste par ces mots, des phrases imprimées sur un papier, un papier qui a été touché, caressé, senti, par d'autres mains, des émotions qui ont été touchées - ou pas - par d'autres âmes... 

Une femme du nom d'Etsuko, encore jeune je suppose malgré son récent veuvage, habite chez son beau-père, Yakichi. Etrange cohabitation, où ils logent au premier étage, le fils ainé et sa femme au second, idem pour le fils cadet qui doit être sur une autre aile de cette maison bourgeoise entourée de vignes à l’abandon, de serres à l’abandon, des fleurs, des champs, un jardinier homme à tout faire, une femme jeune et servante.

« Selon ses conceptions romanesques, les maris étaient toujours infidèles et les femmes souffraient toujours. Les couples d’âge mûr finissaient par ne plus se parler, soit qu’ils fussent las l’un de l’autre, soit par haine mutuelle. »

mardi 28 mars 2017

Ce Silence Oppressant


« Lentement monte la pleine lune. Dans le bosquet, derrière la prison, se répondent le hibou et la tourterelle. Toute ronde, au-dessus des arbres, la lune se nimbe d’un surnaturel halo rouge, cependant que les nuages sombres la dévoilent ou la cachent tout à tour. Les vieillards chuchotent, comme des oiseaux de mauvais augure, que l’année à venir pourrait bien apporter quelque malheur. »

Le silence règne sur les montagnes. Sur la mer. Sur un pays. Aux cieux. Ce silence oppressant, aussi lourd à porter qu’une croix sur son épaule. Le Japon s’est ouvert aux portugais, pour le commerce. Les portugais y apportèrent la paix du Christ ou du moins leur religion. Des prêtres convertirent les paysans au christianisme. La foi devant le Seigneur fut grande et pleine d’espoir. Mais le Japon est-elle une terre d’asile pour cette religion ? Des bruits venus de cette île font état de persécutions sur ces néo-chrétiens. Bravant le danger, l’incertain, le voyage, les années, la mer, la maladie, la piraterie, la mort - quelle expédition ! – deux envoyés de Dieu débarquent sous une lune éclairée - et sa bienveillance clarté ? - sur cette terre si hostile aux ouailles du même Dieu. 

Une plage déserte, une croix au sommet de la montagne, une pluie déchirante, mauvaise augure...



samedi 25 mars 2017

Au Sud de Key West

Le visa en poche, j’atterris sur le tarmac ensoleillé. Je vois déjà les vieilles voitures rutilantes parcourir les rues poussiéreuses de La Havane. Voitures multicolores, immeubles multicolores, filles multicolores. L’autoradio est branché sur une cassette de Buena Vista Social Club, c’est toujours mieux qu’un discours de Fidel. Les jupes des filles virevoltent sous la chaleur pour se donner de l’air frais, je rêve déjà d’un verre de rhum au bord de la piscine. Des bikinis autour de moi, des jambes bronzées, des couples qui font l’amour sur la voix d’Ibrahim Ferrer, des homosexuels qui se tiennent la main avant de s’embrasser… J’ai le droit de rêver un peu… C’est pas ça La Havane ? Alors je revois ma copie…

« The Southernmost Point in the U.S.A. C’est ce qu’il y a sur le panneau. Quelle horreur. Comment pourrait-on dire cela, nous autres ? Le point le plus au sud des Etats-Unis, bien sûr. Mais ce n’est pas pareil. La phrase fait trop long, elle y perd en précision, en efficacité. En espagnol, ça ne donne pas l’impression que l’on se trouve à l’endroit le plus au sud des Etats-Unis, mais en un point, au sud. Tandis qu’en anglais, cette rapidité, ce Southernmost Point avec les T dressés au bout nous indique que le monde se termine ici même ; une fois que l’on aura franchi ce point et traversé l’horizon, on ne trouvera plus que la mer des Sargasses, l’océan ténébreux. Ces T ne sont pas des lettres, ce sont des croix – regarde comme elles se dressent – qui indiquent clairement que derrière elles c’est la mort ou, pis encore, l’enfer. »