dimanche 19 février 2017

des Animaux Nocturnes


Une exposition dans une galerie d’art où des femmes obèses remuent leurs bourrelets en habit de cheerleaders. Générique. Étrange, mystérieux, obscène presque. Elles se retrouvent allongées, nues sur des promontoires… Pornographie d'un étrange spectacle. Mal à l'aise, l’art avec la majuscule à L.A. Un film sur l'Art, signé par l'esthétique Tom Ford. Dès les premiers instants, je sens que le couple en face de moi se délite, la fin d'une histoire. Lui est absent, question de boulot à New-York, des maîtresses probablement à New-York aussi. Elle dirige sa galerie, monte ses expositions, seule. Elle se dit pourtant trop cynique pour ce métier, et en ce vendredi soir, elle a le cafard, seule dans sa maison style architecte branché, froide et isolée. Comment passer un bon week-end, au chaud sous la couette, verre de rouge et roman tripant qui sort des tripes et des coutumes, le rouge salutaire, l'écriture de sang et de larmes

Elle reçoit un manuscrit, qui lui est spécialement dédicacé, de son ex-mari. « Nocturnal Animals », la virée d'un père dans le Texas profond, avec femme et fille. Une vieille voiture sur une route déserte, façon « Duel ». Mais ceci n'est que littérature. Pourtant, seule dans cette maison, avec un verre de vin, elle rentre dans le texte. Elle s'imagine dans cette voiture, avec son ex-mari et sa fille. Les pages défilent, elle se sent de plus en plus bouleversée par l'histoire. Est-ce le roman de sa vie, une vie qui vire au cauchemar. Le roman d'une vengeance avec force sadisme. Tu te souviens de cette balade bucolique en canoë ? Flippante. Tu gardes l'ambiance, et tu remplaces la rivière bouillonnante par un désert assoiffant. Un gang de hillbillies texans, des animaux nocturnes, pas consanguins mais tout aussi abrupts dans la sauvagerie de leurs actes.


vendredi 17 février 2017

Stone dans l'Outback

Le soleil se couche sur l’outback. Chemise en sueur, je déambule dans la poussière du bush accablée par un vent chaud à faire hurler les coyotes. La soif m’irrite la gorge, je crache autant cette poussière que l’aridité de ma vie. La nuit avance, un pas devant l’autre, sans but précis, juste continuer mon chemin, jusqu’au repère. Bruits de grillons, serpents qui sifflent, kangourous qui boxent l’air, l’atmosphère suffocante rend fou et l’âme en chemin traverse ce désert, la guitare dans le dos, les cordes rompues. Une musique pour m’accompagner. Angus sans Julia. Un homme seul sans son âme sœur.

Dommage, j’aimais bien la voix de Julia. Mais le spleen de Angus me convient bien. Il sort son harmonica de la poche de sa chemise, les étoiles brillent, une en particulière qui illumine la vie de mes rêves. Mais Julia apportait de la fraîcheur matinale, là où Angus n’apporte que nuit froide. Et j’aime bien, je marche, marche, jusqu’au repère, un signe, un bar ouvert. Seul un bar peut stopper ma pérégrination nocturne. Un bar ou une femme. Je rentre dans l’un, je pénètre dans l’autre. La chaleur m’enveloppe, vapeur de bière contre vapeur de jasmin. Parfum désaltérant.


mardi 14 février 2017

Fleur Bleue


A vrai dire, je ne me souviens plus des épisodes précédents. « Wasurenagusa », 4ème tome de la pentalogie. J’aime prendre mon temps pour lire la plume d’Aki Shimazaki. Ses livres sont si petits que pour faire durer le plaisir, je me retiens. A quoi sert d’éjaculer tout de suite, si le bonheur t’attend encore un peu plus loin. Donc, j’attends et je le garde en moi. Un homme, une femme, chabadabada. Ça sent l’histoire d’amour, d’où ma précédente réflexion car il n’y a pas d’amour sans éjaculation, chabadabada. Oui, je lis des romans d‘amour, et même des romans d’amour sans fluide qui gicle ou qui coule. C’est mon côté fleur bleue, mon esprit myosotis. Et là, tu ne me crois peut-être pas ; mais sache que « wasurenagusa » signifie justement myosotis. CQFD.   

« A vrai dire, au début, je m'abandonnais au désespoir. J'errai au centre-ville pour tuer le temps. Il m'est arrivé d'entrer dans un bistro. Quand je rencontrais une entraîneuse qui me plaisait, je lui demandais de coucher avec moi. Si elle disait oui, je l'emmenai à l'hôtel. Je changeai de femme presque chaque semaine. Je n'avais pas besoin de m'inquiéter à l'idée que les femmes tombent enceintes de moi. Néanmoins, plus je faisais l'amour avec des inconnues, plus je me sentais vide. J'ai couché une fois avec une prostituée. Lorsque j'ai tenté d'embrasser ses yeux et sa bouche, elle a refusé aussitôt en disant : "Non. Ça je ne l'accepte que de mon petit ami." Ces paroles m'ont déprimé encore plus. Depuis, je n'ai couché avec aucune femme. »

J’avais déjà rencontré l’homme lors d’un précédent tome, je rappelle que c’est le principe de cette pentalogie, où l’acteur secondaire devient protagoniste principal lors de l’acte suivant. Même si je ne m’en souviens plus, j’espace mes relations avec l’auteure comme la rencontre avec une putain dont on a peur de tomber amoureux et peur surtout de ne plus s’en passer. Quoi que tomber amoureux de sa putain n’a rien de dramatique. Mais lire un autre roman d’amour après celui-là est nettement plus difficile. Parce que ce livre est beau, comme une fleur de myosotis. Il est bleu, comme la lune qui éclaire mes nuits. Et il y a cette femme, que la lune illumine à moins que cela soit son sourire, et qui lorsque les étoiles se réveillent, me donne envie de la caresser.  

« J’aimerais rencontrer la femme qui a besoin de moi et dont j’ai besoin aussi. J’aimerais dormir en la tenant dans mes bras, en touchant sa peau douce et chaude, en caressant ses cheveux, son visage, son cou… »

dimanche 12 février 2017

des Tronçonneuses et de l’Alcool

« Il glissa un CD de Tom Waits, Rain Dogs, dans le lecteur.
Poussa le volume à fond, pour que la voix du crooner déglingué surmonte le ronflement du moteur et le fracas de la pluie.Sortit un sachet d’herbe de la poche de son treillis et entreprit de se rouler un joint.  »

Je descends du métro, ligne 13, jusqu’aux quais où une péniche m’attend. Un peu déglinguée, un peu rouillée, du genre à avoir voyagé et à avoir essuyé quelques tirs de kalachnikov. Je remonte la Seine, et me retrouve subitement sur la Mère de tous les fleuves, Mère des Eaux, humidité tropicale horde de moustiques vengeurs. Pas le temps de faire mes piqûres de rappel ni de mettre à jour mes vaccins contre la fièvre jaune, l’aventure n’attend pas. La mousson non plus charriant les restes des cadavres khmers, fièvre rouge, jetés quelques années plus tôt dans les eaux tumultueuses du Fleuve Kong. Seul à la barre, sifflotant un air déjà connu, l’air du large de la liberté et des putes à gogos dans les bars à gogos, une bouteille de whisky coincé dans les rayons de la barre, attention à la vague ou aux remous, l’aventure n’est que mouvement, des singes me montrent leurs culs rouges, les oiseaux ont percés l’horizon de leurs cris avant de s’envoler vers une direction opposée. DANGER ! Ça pue les emmerdes, mais en bon baroudeur, là où il y a de la merde, les émeraudes s’y retrouvent.

« Après avoir fumé son joint jusqu’au dernier millimètre, Bozo était allé se coucher. Je restais seul à la barre, avec Tom Waits qui, sur le lecteur CD, éructait son Downtown Train. »


vendredi 10 février 2017

Klaxonne. Claquette

C’est l’hiver, le soleil brille, je me retrouve dans les bouchons, bretelle d’autoroute à Los Angeles. Les femmes brillent aussi, robes colorées, jambes halées. Klaxonne. Et dire que j’ai oublié mon parapluie. Mais Los Angeles n’est pas Cherbourg, je peux danser et même chanter sous la pluie. Sauf qu’à L.A., cité des Anges, il ne pleut pas, je referme donc mon parapluie, digne d’apparaître dans une comédie musicale de Jacques Demy. Je sors de la voiture, comme une centaine d’embouteillés qui ont eu la même idée. Je danse, je vole, je virevolte entre les voitures. Une femme en robe jaune me montre sa culotte jaune, elle danse, elle virevolte. Saute entre les voitures, danse, chante « la la la ». Je suis dans une comédie musicale autoroutière au milieu des anges. Et j’aime ça.

Oui, j’aime les comédies musicales – enfin, comme tout, ça dépend de qui, de quoi de la musique. En adorateur de Grease ou de La fièvre du samedi soir, en appréciateur de Fame ou de Flashdance, j’aime ce mélange de danse et de cinéma. Ah La La et Les Blues Brothers… Bon, je n’irai pas jusqu’à regarder Les demoiselles de Rochefort, et je ne connais pas non plus les classiques d’antan, Fred Astaire et Gene Kelly, mais qui sait, avec le soleil de Californie tout est possible, même l’impensable, celui de me voir aimer des comédies romantiques enchantées et en chanson. V'la la mon p'tit aparté sur mon fringant passé de comédies musicales-la-la...

Et pourtant, j’ai aimé. Ryan Gosling, charmeur, élégant, fringant qui rêve d’ouvrir cette boite de jazz, sa passion le jazz pur et dur, Coltrane et Monk, Bechet et Armstrong. Emma Stone, belle et sourire enjôleur qui rêve d’Hollywood, rêve d’actrice. Ils se croisèrent sur cette autoroute, lui écoutant les mesures de Thelonious, elle récitant son prochain casting. Klaxonne. Claquette même, en chantant La la la.